Apport en numéraire : définition, montant et modalités de libération

Dernière mise à jour le 24 mai 2026

Lorsque l’on crée une société, il existe trois types d’apport : l’apport en naturel’apport en industrie et l’apport en numéraire. Ce dernier consiste pour l’associé à apporter une somme d’argent dans la société en contrepartie de laquelle il reçoit des actions ou des parts sociales.

L’apport en numéraire et l’apport en nature forment ensemble le capital social de la société — contrairement à l’apport en industrie qui en est exclu. C’est le type d’apport le plus courant et le plus simple à réaliser : il ne nécessite ni évaluation par un commissaire aux apports, ni formalité particulière au-delà du dépôt des fonds.

Comment réaliser un apport en numéraire ?

L’apport en numéraire consiste à verser une somme d’argent sur un compte bloqué ouvert au nom de la société en formation. Ce compte peut être ouvert auprès :

  • D’un notaire ;
  • D’une banque traditionnelle 
  • D’une banque en ligne professionnelle (Qonto, Shine, Blank, Boursorama Pro…)

👉 Ces dernières proposent des attestations de dépôt rapidement, souvent en ligne, et à moindre coût.

⚠️ Le dépôt auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) n’est plus possible depuis le 1er juin 2021. Cette option a été supprimée — seules les banques et les notaires peuvent aujourd’hui recevoir un dépôt de capital.

🏦 Le banquier (ou le notaire) remet alors une attestation de dépôt de capital, document indispensable pour constituer le dossier d’immatriculation sur le guichet unique de l’INPI.

Les fonds restent bloqués jusqu’à l’immatriculation de la société. Une fois le Kbis obtenu, l’associé le présente à la banque pour débloquer les fonds, qui sont alors versés sur le compte bancaire professionnel définitif de la société.

Le montant de l’apport de chaque associé ainsi que les modalités de libération doivent être mentionnés dans les statuts.

Quel apport en numéraire réaliser?

Le montant de l’apport en numéraire dépend de plusieurs facteurs.

Les minimums légaux selon la forme juridique :

Forme juridiqueCapital minimum légalLibération minimale à la création
SARL / EURL1€1/5 du capital (20%)
SAS / SASU1€1/2 du capital (50%)
SA37 000€1/2 du capital (50%)
SNCAucunLibre

⚠️ Un capital de 1€ est légalement possible mais fortement déconseillé en pratique. Un capital trop faible envoie un signal négatif aux banques, fournisseurs et clients. En cas de demande de prêt bancaire, les établissements exigent généralement que l’apport des associés représente au moins un tiers du montant emprunté. Un capital symbolique fragilise donc la crédibilité de l’entreprise dès sa création.

En pratique, le montant de l’apport doit être calibré sur les besoins de financement de l’entreprise lors de ses premiers mois d’activité : loyer, achat de matériel, stock, frais de démarrage… Un apport suffisant permet d’éviter de recourir immédiatement à l’emprunt et rassure les partenaires financiers.

L’apport en numéraire donne droit à des actions (dans les SA et SAS) ou des parts sociales (dans les SARL et SNC), proportionnellement au montant apporté par chaque associé par rapport au capital total.

Apport en numéraire ou compte courant d’associé : quelle différence ?

Ces deux mécanismes permettent tous les deux à un associé d’injecter de l’argent dans la société, mais leur nature juridique et leurs conséquences sont très différentes.

👉 L’apport en numéraire est définitif : les fonds intègrent le capital social et l’associé reçoit en contrepartie des actions ou parts sociales. Il ne peut pas récupérer son apport tant que la société existe, sauf en cas de réduction de capital ou de dissolution.

👉 Le compte courant d’associé est une avance temporaire : l’associé prête de l’argent à la société, qui s’engage à le rembourser. Ce n’est pas du capital. Le montant figure au passif du bilan comme une dette de la société envers l’associé. Il peut être remboursé à tout moment, sauf si les statuts ou une convention de blocage en disposent autrement.

Apport en numéraireCompte courant d’associé
NatureCapital permanentPrêt remboursable
ContrepartieActions / parts socialesAucune (créance sur la société)
RemboursementImpossible sauf dissolutionPossible à tout moment
RémunérationDividendes (si bénéfices)Intérêts possibles (plafonnés)
Impact bilanCapitaux propres (passif)Dettes financières (passif)
Risque en cas de faillitePerte totaleRemboursé après les créanciers privilégiés

En pratique, les deux mécanismes sont souvent utilisés conjointement : un apport en numéraire pour constituer le capital social (signal de solidité), et un compte courant d’associé pour financer les besoins de trésorerie de départ de manière flexible.

⚠️ Les intérêts versés par la société à l’associé sur son compte courant sont déductibles fiscalement pour la société, dans la limite du taux légal fixé chaque année par l’administration fiscale. Au-delà, ils sont réintégrés dans le résultat imposable.

Comment augmenter les apports en numéraire ?

Si vos apports personnels sont insuffisants pour couvrir les besoins de financement de votre projet, plusieurs solutions permettent d’augmenter les fonds propres de la société :

📈 L’augmentation de capital : une fois la société créée, il est possible d’ouvrir le capital à de nouveaux associés ou d’augmenter les apports des associés existants, via une procédure formelle d’augmentation de capital.

❤️ La love money : faire appel à ses proches (famille, amis) qui deviennent associés ou accordent un prêt. Simple à mettre en place, mais à encadrer juridiquement pour éviter les conflits.

🤝 Les business angels : des investisseurs privés qui apportent des fonds en échange d’une participation au capital, souvent accompagnés d’un réseau et d’une expertise sectorielle.

💻 Le crowdfunding en capital (crowdequity) : des plateformes comme Wiseed ou Anaxago permettent de lever des fonds auprès d’une communauté d’investisseurs en échange d’actions.

💵 Le prêt d’honneur : accordé par des réseaux comme Initiative France ou Réseau Entreprendre, c’est un prêt à taux zéro sans garantie personnelle, qui renforce la crédibilité du dossier bancaire.

🎤 Les concours de création d’entreprise : certains dotent les lauréats de sommes pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.

💸 Le prêt bancaire : en complément d’un apport personnel suffisant, il permet de financer les investissements que les fonds propres ne couvrent pas.

➡️ Pour en savoir plus, voici un tour d’horizon des sources de financement pour la création d’entreprise.

Comment ne libérer qu’une partie des apports en numéraire lors de la création de la société ?

Il est possible de libérer les apports en numéraire en intégralité ou partiellement lors de la création de la société. La libération partielle signifie que l’associé s’engage à verser le solde dans un délai fixé par la loi, sans pour autant le déposer immédiatement en banque.

La partie non encore versée figure à l’actif du bilan sous l’intitulé “capital souscrit non appelé” — c’est-à-dire que l’associé a promis cet apport mais ne l’a pas encore versé. La gérance (ou le président) peut à tout moment “appeler” ce capital, c’est-à-dire demander aux associés de verser le solde.

Les règles par forme juridique :

  • SARL / EURL : libération minimale de 1/5 (20%) du capital à la création, solde dans les 5 ans ;
  • SAS / SASU / SA : libération minimale de 1/2 (50%) du capital à la création, solde dans les 5 ans.

Les modalités exactes (montant libéré, montant différé, délai) doivent être inscrites dans les statuts.

⚠️ La libération partielle peut sembler avantageuse pour préserver la trésorerie personnelle des associés, mais elle a un inconvénient : le capital affiché dans les statuts et sur le Kbis correspond au capital souscrit (total promis), et non au capital libéré (réellement versé). Un partenaire ou une banque qui consulte le Kbis peut donc avoir une image faussée de la solidité financière réelle de la société.

Comment l’apport en numéraire apparaît-il dans la comptabilité ?

À la création de la société, l’apport en numéraire se traduit par deux écritures comptables miroir :

  • Au passif du bilan : le capital social est enregistré au compte 101 “Capital social” pour le montant total souscrit. Si une partie n’est pas encore appelée, elle figure au compte 1011 “Capital souscrit non appelé” ;
  • À l’actif du bilan : les fonds effectivement versés apparaissent au compte 512 “Banque” une fois débloqués après l’immatriculation.

📌 Exemple pour une SAS avec un capital de 10 000€, dont 5 000€ libérés à la création :

CompteIntituléDébitCrédit
4561Associés — apports en société10 000€
1011Capital souscrit non appelé5 000€
1012Capital souscrit appelé, non versé5 000€
512Banque5 000€

Cette présentation comptable est importante à comprendre pour les dirigeants, car elle impacte directement la lecture du bilan par les banques et les investisseurs.

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