Dernière mise à jour le 3 juin 2026
Vous avez facturé un client en décembre pour une prestation qui ne débutera qu’en janvier ? Ou encaissé le loyer d’un local sous-loué pour les trois prochains mois ? Dans les deux cas, vous avez enregistré un produit en comptabilité alors que la contrepartie, la prestation ou la livraison, n’a pas encore été fournie. Ce sont des produits constatés d’avance (PCA).
Ces écritures de régularisation sont obligatoires à chaque clôture des comptes. Elles répondent au principe comptable d’indépendance des exercices : un produit doit être rattaché à l’exercice au cours duquel la prestation est réalisée ou la livraison effectuée, et non à celui où la facture a été émise.
Dans cet article, nous détaillons pourquoi et comment passer ces écritures, avec des exemples chiffrés et un calcul prorata temporis.
Pourquoi passer des écritures de produits constatés d’avance ?

Ces écritures répondent au principe comptable d’indépendance des exercices. La livraison ou la prestation ayant été réalisée en N+1, le produit doit également être enregistré en N+1 même si la facture a été émise en N.
L’enregistrement des écritures de produits constatés d’avance permet donc de présenter une image fidèle des comptes de l’entreprise.
Pour les entreprises qui sont auditées par les commissaires aux comptes, la comptabilisation des produits sur les bons exercices est un point qui est généralement contrôlé. Une omission récurrente peut être qualifiée d’irrégularité comptable.
➡️ Conséquence de l’absence de PCA : Si les produits constatés d’avance ne sont pas comptabilisés à la clôture, le résultat de l’exercice N sera surestimé et celui de N+1 sous-estimé. Cette erreur fausse l’image fidèle des comptes, ce qui peut avoir des conséquences sur la répartition des bénéfices, le calcul de l’impôt sur les sociétés, et la lecture des états financiers par les tiers (banque, investisseur, commissaire aux comptes).
Comment passer une écriture de produit constaté d’avance ?
L’écriture comptable consiste à annuler la charge qui a déjà été enregistrée en comptabilité. Il faut donc passer l’écriture suivante :
| Débit | Crédit |
| Produit (compte de classe 7) | |
| Produit constaté d’avance (compte 487) |
Cette écriture est contrepassée, c’est-à-dire repassée à l’envers, à l’ouverture de la période suivante. L’écriture est la suivante :
| Débit | Crédit |
| Produit constaté d’avance (compte 487) | |
| Produit (compte de classe 7) |
➡️ L’impact sera donc :
- Dans le compte de résultat, une diminution du résultat de l’année N et une augmentation de celui de N+1 ;
- Dans le bilan, une augmentation des dettes et du passif pour l’année N.
Comme constaté, la TVA éventuellement collectée lors de la saisie de la facture initiale ne fait pas l’objet d’une annulation.
📌 Exemple chiffré :
Une société clôture son exercice au 31 décembre. Le 1er novembre N, elle facture un abonnement annuel à un client pour un montant de 12 000 € HT, couvrant la période du 1er novembre N au 31 octobre N+1. La totalité de la facture est enregistrée en produit en novembre N.
À la clôture du 31 décembre N, 2 mois ont été réalisés (novembre et décembre) et 10 mois restent à réaliser en N+1.
Calcul du PCA : 12 000 € × 10/12 = 10 000 € à constater en produit constaté d’avance.
Écriture au 31 décembre N :
| Débit | Crédit | Montant |
|---|---|---|
| Produit (compte 706 par exemple) | 10 000 € | |
| Produit constaté d’avance (compte 487) | 10 000 € |
Contrepassation au 1er janvier N+1 :
| Débit | Crédit | Montant |
|---|---|---|
| Produit constaté d’avance (compte 487) | 10 000 € | |
| Produit (compte 706) |
➡️ Impact :
- Compte de résultat N : seuls 2 000 € de produit sont rattachés à l’exercice N (2 mois réalisés)
- Compte de résultat N+1 : 10 000 € de produit sont rattachés à l’exercice N+1 (10 mois réalisés)
- Bilan au 31/12/N : le compte 487 apparaît au passif (dettes envers le client pour service non encore rendu)
📝 Note sur la TVA : comme indiqué dans l’article d’origine, la TVA collectée lors de la saisie de la facture initiale ne fait pas l’objet d’une annulation dans l’écriture de PCA. La TVA reste exigible à la date de facturation pour les activités de vente de biens (TVA sur les débits). Pour les prestations de services soumises à la TVA sur encaissements, la TVA n’est due qu’à l’encaissement effectif. Ce cas est distinct et ne nécessite pas de PCA sur la TVA.
Comment connaitre les produits constatés d’avance ?
Les PCA sont plus fréquents qu’on ne le croit. Ils apparaissent dès qu’une facture est émise avant la réalisation complète de la prestation ou de la livraison. Voici les cas les plus courants à vérifier systématiquement à chaque clôture :
📑 Abonnements et contrats récurrents à cheval sur deux exercices :
- Abonnements logiciels (SaaS) annuels facturés d’avance
- Contrats de maintenance annuels
- Abonnements à des services (formations, plateformes, revues professionnelles)
🏢 Loyers et charges locatives perçus d’avance :
- Loyers de sous-location perçus trimestriellement ou semestriellement
- Charges locatives refacturées aux locataires pour une période à cheval sur deux exercices
🛠 Prestations facturées avant leur réalisation :
- Acomptes ou factures émises avant le début d’un projet
- Formations facturées avant leur démarrage
- Prestations de conseil facturées avant la remise du rapport final
👩💻 Méthode pratique pour identifier les PCA à la clôture :
La meilleure méthode consiste à passer en revue le grand livre des comptes de produits (comptes 70 à 75) pour le mois de décembre et, si nécessaire, les deux ou trois mois précédents, et à vérifier pour chaque facture importante si la prestation ou la livraison a bien été intégralement réalisée avant la date de clôture. Une communication régulière entre le service comptable et les équipes opérationnelles est indispensable pour fiabiliser cet exercice.
PCA et TVA sur encaissements : un cas particulier
Les entreprises soumises à la TVA sur encaissements (prestataires de services) doivent faire attention à ne pas confondre deux mécanismes distincts :
- Le produit constaté d’avance est une écriture comptable qui respecte le principe d’indépendance des exercices. Il concerne le chiffre d’affaires HT.
- La TVA sur encaissements est une règle fiscale qui régit le moment où la TVA devient exigible. Elle ne déclenche pas d’écriture de PCA sur la TVA.
Concrètement : si vous avez émis et encaissé une facture en décembre pour une prestation qui ne commencera qu’en janvier, vous devez à la fois déclarer la TVA (encaissée en décembre) ET passer une écriture de PCA sur le montant HT (à rattacher à N+1). Ces deux opérations sont indépendantes.

Quelles sont les autres écritures de régularisation de fin d’année?
Il existe d’autres écritures de régularisation de fin d’année :
- Les PAR (produits à recevoir) : c’est l’inverse du produit constaté d’avance. La prestation a été réalisée ou la marchandise a été livrée mais la facture n’a pas été éditée ;
- Les FNP (factures non parvenues) : ce sont des charges à payer. La livraison du fournisseur ou la prestation a été réalisée mais la facture n’est pas reçue ;
- Les charges constatées d’avance : ce sont l’inverse des charges à payer.
PCA vs autres écritures de régularisation
Les produits constatés d’avance font partie d’une famille de quatre écritures de régularisation de fin d’exercice. Voici comment les distinguer :
| Écriture | Abréviation | Situation | Compte | Impact sur le résultat N |
|---|---|---|---|---|
| Produit constaté d’avance | PCA | Facture émise, prestation non encore réalisée | 487(passif) | Diminue le résultat N |
| Produit à recevoir | PAR | Prestation réalisée, facture non encore émise | 418 (actif) | Augmente le résultat N |
| Charge constatée d’avance | CCA | Facture reçue, prestation non encore réalisée | 486 (actif) | Augmente le résultat N |
| Charge à payer (FNP) | FNP | Prestation reçue, facture non encore reçue | 408(passif) | Diminue le résultat N |
FAQ
Les PCA doivent-ils être contrepassés manuellement ou automatiquement ?
La plupart des logiciels comptables permettent de paramétrer la contrepassation automatique des écritures de régularisation à l’ouverture de l’exercice suivant. Si votre logiciel ne le fait pas automatiquement, il faut créer manuellement l’écriture inverse au 1er janvier N+1 (ou à la date d’ouverture de l’exercice). L’oubli de contrepassation est une erreur fréquente qui génère un double comptage des produits.
Faut-il passer des PCA pour les exercices décalés (clôture au 30 juin, par exemple) ?
Oui, exactement de la même façon. Le principe est identique quelle que soit la date de clôture : tout produit enregistré qui correspond à une prestation ou livraison postérieure à la date de clôture doit faire l’objet d’un PCA, quel que soit le mois concerné.
Le PCA figure-t-il à l’actif ou au passif du bilan ?
Au passif, car il représente une dette envers le client : l’entreprise a encaissé (ou facturé) quelque chose qu’elle n’a pas encore fourni. Elle “doit” encore la prestation ou la livraison. C’est l’inverse de la charge constatée d’avance, qui figure à l’actif car elle représente une créance sur le fournisseur (l’entreprise a payé pour quelque chose qu’elle n’a pas encore reçu).
Un acompte client reçu doit-il être traité comme un PCA ?
Non, pas directement. Un acompte reçu est enregistré au passif dans un compte de tiers (compte 419 — clients créditeurs) et n’est pas un produit tant que la prestation n’est pas réalisée. Le PCA, lui, est déclenché quand une facture (et donc un produit) a déjà été enregistré avant la réalisation. Si vous avez enregistré la totalité de la facture en produit dès la réception de l’acompte sans avoir réalisé la prestation, une écriture de PCA est alors nécessaire.