DerniĂšre mise Ă jour le 10 mai 2026
Mieux vaut avoir la trĂ©sorerie dans l’entreprise plutĂŽt que de l’argent Ă l’extĂ©rieur. Ainsi, un client qui ne paye ses factures Ă temps est toujours problĂ©matique pour une sociĂ©tĂ©. Toutes les sommes en dehors ne vont pas concourir Ă faire fonctionner la sociĂ©tĂ© correctement. Elles ne vont pas financer l’activitĂ© ou permettre de dĂ©velopper la croissance. Câest pourquoi, elle doit mettre en place un suivi des crĂ©ances clients et des retards de rĂšglement. Une fois les retards de rĂšglement identifiĂ©s, lâentreprise doit appliquer une procĂ©dure de recouvrement des factures impayĂ©es. L’enjeu est de faire rentrer les crĂ©ances en retard le plus vite possible.
Identifier les retards de paiement

âïž Afin d’identifier les retards de paiement d’un client, il faut que l’entreprise construise une balance ĂągĂ©e. Il s’agit d’un document comptable qui permet de voir en un coup dâĆil quels sont les clients en retard de rĂšglement et pour quel montant. Il faut ensuite regarder le dĂ©tail du compte client pour savoir quelles sont les factures concernĂ©es.
đ§Ÿ Il sera bien entendu nĂ©cessaire avant de commencer une quelconque procĂ©dure de recouvrement de vĂ©rifier l’exigibilitĂ© de la crĂ©ance. Ainsi, la prestation doit avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e et/ou la marchandise livrĂ©e ET la date de paiement (ou le dĂ©lai) doit ĂȘtre passĂ©e. Si un litige existe entre le fournisseur et le client, il faudra le rĂ©gler avant de lancer la procĂ©dure.
đ De plus, si le client est en liquidation, la procĂ©dure sera encore diffĂ©rente. Il faudra ainsi dĂ©clarer les crĂ©ances, celles Ă©chues et celles non encore Ă©chues, dans un dĂ©lai de 2 mois Ă partir de la publication du journal d’ouverture au BODACC.
đ Enfin, il faudra vĂ©rifier le dĂ©lai de prescription :
- Il est de 2 ans pour une facture avec un particulier ;
- Il est de 5 ans pour une facture avec un professionnel.
La procédure de recouvrement des factures impayées
đ Voici un exemple de procĂ©dure de recouvrement des factures impayĂ©es. Elle nĂ©cessite toutefois des ajustements en fonction des relations que l’entreprise entretient avec ses clients :
Mail de relance
đ§ Au bout de 3 jours de retard de paiement de la facture, envoyer un mail de relance aux clients prĂ©cisant :
- Le numéro de la facture en retard de rÚglement
- Le montant TTC de la facture
- La date dâĂ©mission de la facture
- La date de rÚglement prévue
- Le délai de retard
- Les modalités de paiement prévues
Appel téléphonique
âïž Dans les deux jours suivants, soit 5 jours aprĂšs le dĂ©lai dâĂ©chĂ©ance, tĂ©lĂ©phoner au client. L’appel tĂ©lĂ©phonique permet quelques fois de dĂ©nouer des situations qui peuvent parfois ĂȘtre tendues par mail.
Il sera l’occasion de parler de vive voix Ă la personne responsable, alors que le mail ou le courrier peut se perdre s’il n’est pas adressĂ© Ă la bonne personne.
Lettre simple
đš Si le client ne rĂ©pond toujours pas, dans les deux jours suivants lâappel tĂ©lĂ©phonique, soit une semaine aprĂšs le retard, envoyer une lettre simple en mentionnant les mĂȘmes informations que dans lâemail en prĂ©cisant quâil sâagit de la 2Ăšme relance. En piĂšce jointe, il est utile de joindre une copie de la facture impayĂ©e.
đ¶ Vous pouvez Ă©galement lui envoyer une facture correspondant aux pĂ©nalitĂ©s de retard indiquĂ©es sur la facture d’origine. En effet, en cas de ventes Ă un professionnel, il est obligatoire d’indiquer deux mentions relatives Ă ce sujet sur les factures :
- Le taux des pĂ©nalitĂ©s de retard : il s’agit gĂ©nĂ©ralement du taux de refinancement de la BCE majorĂ© de 10 points ;
- Le montant de lâindemnitĂ© forfaitaire pour frais de recouvrement de 40âŹ.
đ Vous pouvez trouver ici un exemple de cette lettre

Lettre recommandée avec accusé de réception
đ© Si le client ne rĂ©pond toujours pas au bout dâune semaine, soit aprĂšs deux semaines de retard, il faut lui envoyer une lettre en recommandĂ© avec accusĂ© de rĂ©ception en prĂ©cisant quâil sâagit dâune 3Ăšme relance.
Vous pouvez trouver ici un exemple de cette lettre
Mise en demeure
â ïž Sans rĂ©ponse du client dans un dĂ©lai de deux semaines, soit un mois aprĂšs le retard, envoyer une lettre en recommandĂ© avec accusĂ© de rĂ©ception pour le mettre en demeure de payer dans un certain laps de temps en prĂ©cisant les intĂ©rĂȘts de retard.
Il faut rappeler dans la lettre les relances prĂ©cĂ©dentes. La mise en demeure doit clairement indiquer ce qui est attendu du crĂ©ancier. Elle doit comporter un certain nombre d’informations :
- La date de réalisation ;
- Le terme « mise en demeure » ;
- Les coordonnĂ©es de l’expĂ©diteur et du destinataire ;
- Un rĂ©sumĂ© de la situation (nombre de relances, dates, rĂ©ponses…) ;
- La demande de rÚglement ;
- Les consĂ©quences en cas de non paiement c’est-Ă -dire la mise en place dâune action judiciaire ;
- Le délai accordé pour payer (en général 8 jours).
Il s’agit du dernier acte amiable avant le judiciaire.
Procédure simplifiée de recouvrement des petites créances
Sans réponse aux précédentes relances, il faut passer à la phase supérieure! La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances est rapide et peu coûteuse.
On parle ici de “petites crĂ©ances”, c’est-Ă -dire de sommes qui ne dĂ©passent pas 5 000 âŹ. Outre ce seuil en termes de montant, la procĂ©dure est exclue pour les crĂ©ances ayant fait l’objet d’une facturation entre commerçants.
đ¶ Son coĂ»t est assez faible : les frais de dĂ©pĂŽt du dossier sont de 14,92 ⏠TTC (Ă la charge du crĂ©ancier). En cas d’acceptation de la procĂ©dure par le dĂ©biteur, les frais d’Ă©mission du titre exĂ©cutoire sont de 29,76 ⏠TTC.
ConcrĂštement, la procĂ©dure permet au commissaire de justice de dĂ©livrer un titre exĂ©cutoire avec l’accord du crĂ©ancier et du dĂ©biteur, sans passer par un juge, dans un dĂ©lai rĂ©duit d’un mois.
đ€ Cette procĂ©dure ne peut toutefois aboutir que si le crĂ©ancier et le dĂ©biteur se sont accordĂ©s sur le montant et les modalitĂ©s du paiement de la dette. En cas de refus ou de non rĂ©ponse du dĂ©biteur sous un mois, la procĂ©dure Ă©choue. Il faut alors passer Ă l’injonction de payer.Â
Injonction de payer
L’injonction de payer a lieu si la procĂ©dure simplifiĂ©e de recouvrement des petites crĂ©ances a Ă©chouĂ©e ou si elle ne peut pas se faire.
En pratique, le crĂ©ancier dĂ©pose une requĂȘte auprĂšs du tribunal, accompagnĂ©e des piĂšces justificatives. Le juge l’examine afin de dĂ©livrer une ordonnance de condamnation. Elle est ensuite signifiĂ©e au dĂ©biteur par un commissaire de justice. Celui-ci a ensuite une mois pour faire opposition. Sans rĂ©action, le greffier dresse un certificat de non-contestation. L’ordonnance obtient alors la valeur de titre exĂ©cutoire et le commissaire de justice peut mettre en Ćuvre les procĂ©dures de saisie.
âĄïž Si la crĂ©ance est de nature commerciale (si le crĂ©ancier et le dĂ©biteur sont des commerçants, ou lorsque la dette dĂ©coule d’un acte de commerce) : il est possible de dĂ©poser une requĂȘte en ligne d’injonction de payer devant le tribunal de commerce directement sur service-public.gouv.fr. Ce service permet de dĂ©poser soit-mĂȘme une requĂȘte, sans passer par un commissaire de justice ou un avocat.
âĄïž Si le dĂ©biteur est un particulier ou si la crĂ©ance est de nature civile, c’est le tribunal judiciaire qui est compĂ©tent.
Saisie du tribunal
âïž Si lâentreprise ne rĂ©pond toujours pas, la derniĂšre Ă©tape est la saisie du tribunal dâinstance ou de commerce.
Elle ne se fait qu’aprĂšs le titre exĂ©cutoire obtenu (via l’une ou l’autre procĂ©dure). Le commissaire de justice peut alors procĂ©der aux saisies :
- Saisie-attribution (compte bancaire)
- Saisie-vente (biens mobiliers)
- Saisie des rémunérations (salaire)
NB : bien souvent la ou les premiĂšres relances permettent le rĂšglement de la facture. La procĂ©dure indiquĂ©e ci-dessus est assez “agressive”. Bien souvent, de peur de mettre Ă mal les relations commerciales, la procĂ©dure est plus “soft”.
â ïž Mise Ă jour mai 2026 : La loi instaurant cette procĂ©dure a Ă©tĂ© promulguĂ©e le 23 avril 2026 (loi n° 2026-307) mais n’est pas encore opĂ©rationnelle dans les faits. Elle le sera quand le dĂ©cret d’application fixant les tarifs et les modalitĂ©s pratiques sera publiĂ©.
L’importance de mettre en place une procĂ©dure de recouvrement des factures impayĂ©es
Mettre en place une procĂ©dure de recouvrement des factures impayĂ©es est indispensable pour amĂ©liorer la trĂ©sorerie dâune entreprise en rĂ©duisant les risques dâimpayĂ©s et en accĂ©lĂ©rant les rĂšglements.
En effet, le manque de trĂ©sorerie est le premier risque de dĂ©faillance dâune entreprise. Mettre en place une procĂ©dure de recouvrement des factures impayĂ©es permet dâamĂ©liorer le ratio de crĂ©dit client et a donc un impact direct sur le besoin en fonds de roulement.
Passer par un professionnel du recouvrement
Si vous faites face Ă un trop grand nombre d’impayĂ©s et que vous n’avez pas le temps de traiter en interne toutes les relances, vous pourrez passer par un professionnel du recouvrement :
- Cabinets de recouvrement ;
- Avocats ;
- Commissaires de justice qui peuvent intervenir avant le stade injonction de payer.
Vous pouvez également prendre les devants si vous avez des problÚmes de trésorerie. Il vous sera possible de transférer les créances de plusieurs façons :
- Transmettre une traite, une lettre de change ou un effet de commerce Ă sa banque ;
- CĂ©der la crĂ©ance Ă sa banque en Ă©change d’une ligne de crĂ©dit (dailly) ;
- Transmettre sa créance à une société financiÚre extérieure (affacturage).
Dans ce cas, moyennant une commission, les cabinets se chargeront de se faire payer.
Provisionner les créances douteuses
Les sociĂ©tĂ©s ont l’obligation comptable de provisionner les crĂ©ances douteuses. Il s’agit de celles qui ont peu de chances d’ĂȘtre payĂ©es.
đ Exemples de crĂ©ance douteuse :
- Le client n’a pas rĂ©glĂ© la facture depuis plus d’un an
- Un litige existe entre le client et le fournisseur
- Le client est en redressement judiciaire
Cette provision intervient en fin d’exercice via le compte 491 (dĂ©prĂ©ciation des crĂ©ances clients).
C’est une Ă©tape clĂ© dans la gestion des impayĂ©s. Elle intervient quand l’entreprise estime que ses chances de recouvrer la crĂ©ance sont faibles. Elle doit Ă ce titre dĂ©fini une mĂ©thodologie de provision qu’elle appliquera de la mĂȘme maniĂšre sur les crĂ©ances.
đ Exemple de mĂ©thodologie :
- Créance en retard de plus de 150 jours : dépréciation à 25%
- Créance en retard de plus de 210 jours : dépréciation à 50 %
- CrĂ©ance en retard de plus de 270 jours : dĂ©prĂ©ciation Ă 75%…
đ Pour en savoir plus sur le sujet, consultez notre article : CrĂ©ances douteuses et irrĂ©couvrables : dĂ©prĂ©cier un compte client
La prĂ©vention : comment rĂ©duire les risques d’impayĂ©s ?
Cet article a traitĂ© tout du long de l’aspect curatif : que faire en cas de crĂ©ances impayĂ©es? Il est essentiel de le complĂ©ter en parlant de l’aspect prĂ©ventif : comment Ă©viter les impayĂ©es? Voici quelques solutions Ă Ă©tudier et Ă mettre en place :
- Vérifier la solvabilité du client avant de contractualiser,
- Demander un acompte Ă la commande,
- Prévoir une clause de réserve de propriété dans les CGV : si le client ne rÚgle pas, la marchandise demeure la propriété du fournisseur,
- Prendre une assurance-crédit.
Recouvrement des factures impayées : les étapes en résumé
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Ătape 1 â J+3
Mail de relance
Premier contact amiable, envoyĂ© 3 jours aprĂšs l’Ă©chĂ©ance. Il doit prĂ©ciser le numĂ©ro de facture, le montant TTC, la date d’Ă©mission, la date d’Ă©chĂ©ance dĂ©passĂ©e et les modalitĂ©s de paiement.
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Ătape 2 â J+5
Appel téléphonique
Deux jours aprĂšs le mail, un appel direct permet souvent de dĂ©bloquer la situation â erreur d’adresse, oubli, litige non exprimĂ©. Il est plus difficile d’ignorer une voix qu’un e-mail.
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Ătape 3 â J+7 puis J+14
Lettres de relance (simple puis LRAR)
D’abord une lettre simple (2e relance) puis une lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception (3e relance). Joindre une copie de la facture et, dĂšs la 2e relance, une note de dĂ©bit correspondant aux pĂ©nalitĂ©s de retard et Ă l’indemnitĂ© forfaitaire de 40 âŹ.
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Ătape 4 â J+30
Mise en demeure LRAR obligatoire
Dernier acte amiable avant la voie judiciaire. Elle doit mentionner expressĂ©ment le terme “mise en demeure”, rappeler les relances prĂ©cĂ©dentes, prĂ©ciser les intĂ©rĂȘts de retard et annoncer les suites judiciaires en cas de non-paiement dans le dĂ©lai accordĂ© (gĂ©nĂ©ralement 8 jours).
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Ătape 5 â AprĂšs la mise en demeure
Choix de la procédure judiciaire Selon le cas
AprĂšs l’Ă©chec de la mise en demeure, deux voies s’offrent selon le montant et la nature de la crĂ©ance :
Quelle procĂ©dure choisir ?đą ProcĂ©dure simplifiĂ©e
petites créances- Montant : < 5 000 ⏠TTC
- Condition : accord du débiteur obligatoire
- Acteur : commissaire de justice seul (sans juge)
- Délai : 1 mois maximum
- Coût : 14,92 ⏠+ émoluments sur recouvrement
- Exclusion : factures entre commerçants
- Issue : titre exécutoire délivré directement si accord
đ” Injonction de payer- Montant : sans limite
- Condition : accord du débiteur non requis
- Acteur : juge (sans audience) + commissaire de justice
- Délai : 2 à 6 semaines
- CoĂ»t : frais de greffe (~33 âŹ) + commissaire de justice
- Issue : ordonnance du juge signifiée par commissaire de justice
đĄ En pratique : pour une crĂ©ance < 5 000 âŹ, tentez d’abord la procĂ©dure simplifiĂ©e â plus rapide et moins coĂ»teuse. Si le dĂ©biteur refuse ou ne rĂ©pond pas dans le mois, basculez vers l’injonction de payer.đ NouveautĂ© â Loi du 23 avril 2026 : une troisiĂšme voie est dĂ©sormais disponible pour les crĂ©ances commerciales entre commerçants, sans limite de montant. Le commissaire de justice adresse un commandement de payer au dĂ©biteur, qui dispose d’un mois pour contester ou rĂ©gler. En l’absence de contestation, un procĂšs-verbal de non-contestation est rendu exĂ©cutoire par le greffe du tribunal de commerce â sans passer par un juge. Cette procĂ©dure n’est pas encore opĂ©rationnelle dans les faits, le dĂ©cret d’application n’ayant pas encore Ă©tĂ© publiĂ© Ă la date de mise Ă jour de cet article (mai 2026). -
Ătape 6 â AprĂšs obtention du titre exĂ©cutoire
Exécution forcée Titre exécutoire requis
Une fois le titre exĂ©cutoire obtenu (via l’une des procĂ©dures ci-dessus), le commissaire de justice peut procĂ©der aux saisies :
Saisie-attribution â blocage immĂ©diat du compte bancaire du dĂ©biteur Ă hauteur de la crĂ©ance.
Saisie-vente â vente des biens mobiliers du dĂ©biteur pour rembourser la crĂ©ance.
Saisie des rĂ©munĂ©rations â retenue mensuelle sur le salaire du dĂ©biteur, gĂ©rĂ©e par le commissaire de justice depuis la rĂ©forme du 1er juillet 2025 (plus de passage par le tribunal).