DerniĂšre mise Ă jour le 6 avril 2023
Les rĂšgles de comptabilitĂ© en France imposent de suivre un certain nombre de principes dont celui de prudence. Le principe de prudence veut que les incertitudes prĂ©sentes, qui auraient pour consĂ©quence une baisse du rĂ©sultat, soient prises en compte Ă la clĂŽture des comptes. Les pertes, probables ou certaines, sont donc comptabilisĂ©es sur lâexercice au cours duquel elles ont lieu et non sur les exercices suivants. Cela implique de passer des provisions pour charges, dĂ©prĂ©ciations et amortissements dans les comptes
Qu’est ce que le principe de prudence ?

Le principe de prudence consiste Ă enregistrer en comptabilitĂ© toute perte probable Ă chaque clĂŽture. Si toutefois elle s’avĂ©rait injustifiĂ©e ou sur-estimĂ©e, elle serait annulĂ©e ou diminuĂ©e lors de l’exercice suivant.
Ce principe engendre une diffĂ©rence de traitement entre les produits et les charges. Toute perte probable est enregistrĂ©e alors que les profits potentiels ne le sont Ă lâinverse pas. On nâenregistre les produits que sâils sont certains.
En dâautres termes, les produits ne sont comptabilisĂ©s que lorsquâils sont rĂ©alisĂ©s. A l’inverse, les charges sont enregistrĂ©es en comptabilitĂ© mĂȘme si leur rĂ©alisation nâest que probable. Dans le mĂȘme Ă©tat dâesprit, les plus-values ne sont enregistrĂ©es que lorsquâelles sont rĂ©alisĂ©es alors que les moins-values sont comptabilisĂ©es dĂšs quâelles sont probables. On parle alors de moins values latentes.
Quelles sont les conséquences du principe de prudence ?
Le principe de prudence a pour consĂ©quence le passage de certaines Ă©critures en comptabilitĂ© comme les provisions pour dĂ©prĂ©ciation, pour charges et les amortissements. Ces Ă©critures doivent ĂȘtre passĂ©es que l’entreprise ait un rĂ©sultat positif ou nĂ©gatif.
- Les provisions pour dĂ©prĂ©ciation permettent de reflĂ©ter la perte de valeur d’un actif de l’entreprise. C’est le cas par exemple des stocks qui peuvent devenir obsolĂštes, ou des crĂ©ances clients qui ont de grands risques de ne pas ĂȘtre payĂ©s si le client rencontre des difficultĂ©s de paiement ou est placĂ© en redressement ;
- Les provisions pour charges permettent de comptabiliser un passif dont le montant et/ou l’Ă©chĂ©ance ne sont pas connues de façon exacte. C’est le cas par exemple des litiges avec les salariĂ©s en cas de licenciement injustifiĂ© si ces derniers entament des poursuites aux prud’hommes. L’entreprise dĂ©termine alors l’indemnitĂ© potentielle qu’elle devra verser aux salariĂ©s et l’enregistre en provisions ;
- Les amortissements permettent de traduire la perte de valeur d’une immobilisation liĂ©e Ă son utilisation. Ainsi, l’investissement est inscrit Ă l’actif de l’entreprise et les amortissements sont comptabilisĂ©s en charges.
Attention toutefois, la probabilitĂ© de perte, c’est-Ă -dire de baisse de rĂ©sultat, doit tout de mĂȘme ĂȘtre importante et reposĂ©e sur des explications valables et des calculs. Le principe de prudence ne doit pas ĂȘtre une excuse pour passer des provisions non justifiĂ©es.
Quels sont les cas oĂč le principe de prudence doit ĂȘtre appliquĂ© ?
Le principe de prudence doit notamment ĂȘtre appliquĂ© dans les cas oĂč :
- La valeur du stock diminue lorsque par exemple une partie du stock devient obsolÚte. Dans ce cas une provision pour dépréciation des stocks est passée ;
- La valeur des crĂ©ances diminue lorsque par exemple un client est en retard de paiement et que sa probabilitĂ© de payer lâentreprise est faible. Dans ce cas, une provision pour dĂ©prĂ©ciation du compte client est passĂ©e ;
- Un litige a lieu avec un tiers, comme un salariĂ©, un client ou un fournisseur et l’entreprise risque de devoir verser des indemnitĂ©s ;
- L’entreprise est en redressement fiscal, et des erreurs ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es dans la comptabilitĂ© ou les dĂ©clarations ;
- L’entreprise rĂ©alise des Ă©changes dans des devises Ă©trangĂšres et n’a pas de couverture de change. Les factures non rĂ©glĂ©es et leur valeur Ă la date d’Ă©mission doivent ĂȘtre comparĂ©es Ă leur valeur rĂ©elle afin d’estimer les Ă©ventuelles pertes de change.
Bien entendu, toutes les factures non reçues Ă la date de clĂŽture, alors que les prestations ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es ou que la marchandise a Ă©tĂ© livrĂ©e, doivent ĂȘtre estimĂ©es et enregistrĂ©es en comptabilitĂ©.
Pour en savoir plus, consultez nos articles sur la provision pour dépréciation des stocks et sur la provision pour dépréciation des comptes clients.
Pourquoi appliquer le principe de prudence ?
Appliquer le principe comptable de prudence est une obligation prĂ©vue par le plan comptable gĂ©nĂ©ral (PCG) et le code de commerce. Il permet de donner la vision la plus prudente possible de lâentreprise et de ne pas tromper les personnes qui voudraient investir dans lâentreprise.
A noter que le principe de prudence est inexistant dans les normes internationales (IAS/IFRS) qui lui prĂ©fĂšrent le concept de “fair value”, c’est-Ă -dire de juste valeur.
Quels sont les autres principes comptables ?
Les autres principes comptables sont :
- Importance relative ;
- Bonne information ;
- Prééminence de la rĂ©alitĂ© sur l’apparence ;
- Permanence des méthodes ;
- Non compensation ;
- IntangibilitĂ© du bilan d’ouverture ;
- Coût historique ;
- ContinuitĂ© d’exploitation ;
- Indépendance des exercices.
Le principe de prudence s’inscrit dans la mĂȘme philosophie les suivants :
- Permanence des mĂ©thodes comptables : c’est la mĂȘme mĂ©thode qui doit ĂȘtre utilisĂ©e d’annĂ©e en annĂ©e pour calculer les provisions pour dĂ©prĂ©ciation du stock et des crĂ©ances ;
- IndĂ©pendance des exercices : dans l’idĂ©e, il s’agit de passer la perte l’annĂ©e fiscale oĂč elle apparaĂźt et de ne pas grĂ©ver le rĂ©sultat sur les annĂ©es futures ;
- CoĂ»t historique qui veut que les biens soient enregistrĂ©s Ă la valeur de la date dâachat sans réévaluation dans le temps.