DerniĂšre mise Ă jour le 17 mai 2026
Lorsque vous avez pour projet de crĂ©er une entreprise, vous devez choisir une forme juridique. Ce choix conditionne votre rĂ©gime fiscal, votre protection sociale, votre responsabilitĂ© patrimoniale et votre capacitĂ© Ă vous associer ou Ă lever des fonds. Vous aurez le choix entre une forme individuelle comme auto-entrepreneur, EI (entreprise individuelle), EIRL (entreprise individuelle Ă responsabilitĂ© limitĂ©e) ou une forme de sociĂ©tĂ© comme EURL, SARL, SA, SAS, SASU, SCM, SNC, SELARL. Sur le plan juridique, l’entreprise se distingue de la sociĂ©tĂ© :
- L’entreprise est ainsi confondue avec la personne de l’entrepreneur.
- La sociĂ©tĂ© est en revanche bien distincte de l’entrepreneur.
Mais ce ne sont pas les seules dissemblances, et Ă l’intĂ©rieur mĂȘme de chaque catĂ©gorie (entreprise ou sociĂ©tĂ©), des diffĂ©rences existent. Explications dans cet article.
â ïžÂ L’EIRL (Entreprise individuelle Ă responsabilitĂ© limitĂ©e) a Ă©tĂ© supprimĂ©e depuis le 15 fĂ©vrier 2022. Elle ne peut plus ĂȘtre créée. Son principal avantage, Ă savoir la sĂ©paration automatique des patrimoines, a Ă©tĂ© intĂ©grĂ© au nouveau statut unique d’entrepreneur individuel.
Tableau comparatif des principales formes juridiques
| Micro-entreprise | EI | EURL | SARL | SASU | SAS | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Nombre d’associĂ©s | 1 | 1 | 1 | 2 Ă 100 | 1 | 2 et + |
| Responsabilité | Limitée au patrimoine pro | Limitée au patrimoine pro | Limitée aux apports | Limitée aux apports | Limitée aux apports | Limitée aux apports |
| Régime fiscal | IR (micro) | IR (option IS) | IR (option IS) | IS (option IR famille) | IS (option IR 5 ans) | IS (option IR 5 ans) |
| Régime social dirigeant | TNS | TNS | TNS | TNS (gérant maj.) / Assimilé salarié (gérant min.) | Assimilé salarié | Assimilé salarié |
| Capital minimum | â | â | 1 ⏠| 1 ⏠| 1 ⏠| 1 ⏠|
| Plafond CA | 77 700 ⏠(services) / 188 700 ⏠(ventes) | Aucun | Aucun | Aucun | Aucun | Aucun |
| Comptabilité | Allégée (suivi CA) | Au réel | Au réel | Au réel | Au réel | Au réel |
| DépÎt de comptes | Non | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Coût annuel estimé | TrÚs faible | Faible | Moyen | Moyen à élevé | Moyen à élevé | Moyen à élevé |
| Idéal pour | Activité simple, démarrage | Indépendant, artisan | Seul avec structure | Plusieurs associés, secteur réglementé | Seul avec ambition de croissance | Start-up, levée de fonds |
La nature de lâactivitĂ©, un critĂšre dĂ©cisif pour choisir une forme juridique

đŹ En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, il n’y a pas de liens entre forme juridique et nature d’activitĂ©. Toutefois, il peut parfois arriver, notamment pour les secteurs rĂ©glementĂ©s, qu’il faille ouvrir un certain type d’entreprise. C’est le cas pour les dĂ©bitants de tabac qui seront forcĂ©ment en SNC (sociĂ©tĂ© en nom collectif) ou en entreprise individuelle.
La raison : l’Etat est le principal crĂ©ancier de l’entreprise et il prend donc des garanties pour se faire rembourser. En effet, en entreprise individuelle et en SNC, la responsabilitĂ© des associĂ©s est illimitĂ©e. En cas de dettes, ils engagent donc leurs biens personnels.
A noter que certaines formes juridiques conviennent davantage que d’autres Ă certaines activitĂ©s. Câest le cas des SEL (sociĂ©tĂ© d’exercice libĂ©ral) pour les professions mĂ©dicales.
La volontĂ© de sâassocier, Ă ne pas prendre Ă la lĂ©gĂšre pour choisir une forme juridique
đ€ Si vous voulez vous associer, il faudra choisir une forme sociĂ©taire (donc ni auto entrepreneur, ni entreprise individuelle, ni EIRL) qui ne comprend que la personne de l’entrepreneur. Vous aurez donc le choix entre :
- SARL (société à responsabilité limitée) ;
- SAS (société à actions simplifiée) ;
- SNC (société en nom collectif) ;
- SA (société anonyme).
A noter que la SARL et la SAS peuvent avoir un unique associĂ©. On parle dans le premier cas d’EURL (entreprise unipersonnelle Ă responsabilitĂ© limitĂ©e) et dans le second cas de SASU (sociĂ©tĂ© anonyme Ă actions simplifiĂ©e unipersonnelle). Il est possible de commencer avec ces formes si vous voulez ĂȘtre seul dans un premier temps puis de faire entrer des associĂ©s.
Le rĂ©gime social de lâentrepreneur
đ©ș Deux rĂ©gimes existent pour les crĂ©ateurs dâentreprise : assimilĂ© salariĂ© ou travailleur non salarié :
- Vous serez assimilé salarié en étant président de SA, SAS, SASU et gérant égalitaire ou minoritaire de SARL ;
- Vous serez travailleur non salariĂ© en Ă©tant gĂ©rant dâEURL, gĂ©rant majoritaire de SARL, associĂ© en nom d’une SNC, en entreprise individuelle ou en EIRL.
La grande différence réside dans le taux et le mode de calcul des cotisations :
- Les assimilĂ©s salariĂ©s cotisent au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral de la SĂ©curitĂ© sociale, sur chaque rĂ©munĂ©ration versĂ©e. Leurs cotisations reprĂ©sentent environ 75 Ă 80 % de la rĂ©munĂ©ration nette (parts salariale et patronale cumulĂ©es). Ils ne cotisent pas au chĂŽmage et ne sont donc pas couverts en cas de cessation d’activitĂ©.
- Les TNS cotisent auprĂšs de l’Urssaf (le RSI a Ă©tĂ© supprimĂ©, la SĂ©curitĂ© sociale des indĂ©pendants est intĂ©grĂ©e au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral depuis 2020). Leurs cotisations reprĂ©sentent en moyenne 35 Ă 45 % du revenu professionnel. Elles sont calculĂ©es sur les revenus de l’annĂ©e N-2, avec rĂ©gularisation ultĂ©rieure. Ils ne cotisent pas au chĂŽmage non plus. Ils peuvent toutefois bĂ©nĂ©ficier sous conditions de l’Allocation des travailleurs indĂ©pendants (ATI) en cas de cessation d’activitĂ©.
En rĂ©sumĂ© : le statut d’assimilĂ© salariĂ© coĂ»te plus cher en cotisations pour un mĂȘme niveau de revenu, mais offre une protection sociale plus complĂšte (meilleure retraite complĂ©mentaire, indemnitĂ©s journaliĂšres sans dĂ©lai de carence). Le statut TNS coĂ»te moins cher mais gĂ©nĂšre un fort dĂ©calage de trĂ©sorerie en dĂ©but d’activitĂ© dĂ» aux rĂ©gularisations.
Le régime fiscal de la société
Le rĂ©gime fiscal nâest pas le mĂȘme en fonction de la forme choisie. La forme juridiques dĂ©termine qui paie l’impĂŽt (la sociĂ©tĂ© ou les associĂ©s) et Ă Â quel taux.
Tableau récapitulatif des régimes par défaut
| Forme juridique | Régime fiscal par défaut | Option possible |
|---|---|---|
| Micro-entreprise | ImpĂŽt sur le revenu (IR) â rĂ©gime micro | Non |
| Entreprise individuelle (EI) | ImpĂŽt sur le revenu (IR) | Option IS possible depuis 2022 |
| EURL (associé unique personne physique) | ImpÎt sur le revenu (IR) | Option IS |
| SARL | ImpÎt sur les sociétés (IS) | Option IR si SARL de famille |
| SAS / SASU | ImpÎt sur les sociétés (IS) | Option IR temporaire (5 ans) sous conditions |
| SA | ImpÎt sur les sociétés (IS) | Option IR temporaire (5 ans) sous conditions |
| SNC | ImpĂŽt sur le revenu (IR) | Option IS |
đ Pour en savoir plus sur lâoption Ă lâimpĂŽt sur le revenu
A noter que lâauto-entrepreneur nâest pas soumis Ă la TVA dans une certaine limite de chiffre dâaffaires.
ImpÎt sur les sociétés
A l’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s, c’est la sociĂ©tĂ© qui paie directement l’impĂŽt sur ses bĂ©nĂ©fices. Le taux normal de l’IS est fixĂ© Ă 25 % pour toutes les entreprises. Un taux rĂ©duit de 15 % s’applique pour les premiers 42 500 ⏠de bĂ©nĂ©fices, sous conditions :
- Chiffre d’affaires infĂ©rieur ou Ă©gal Ă 10 millions d’euros
- Capital entiÚrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques.
đ Exemple : une sociĂ©tĂ©s rĂ©alise 80 000 ⏠de bĂ©nĂ©fice et remplit les conditions du taux rĂ©duit. Elle paiera : 42 500 ⏠à 15 % = 6 375 âŹ, puis 37 500 ⏠à 25 % = 9 375 âŹ, soit un IS total de 15 750 âŹ.
ImpĂŽt sur le revenu
A l’impĂŽt sur le revenu, ce sont les associĂ©s qui payent directement l’impĂŽt. Le bĂ©nĂ©fice imposable est rĂ©parti entre les associĂ©s en fonction de leurs nombres de parts. Il est ensuite intĂ©grĂ© aux revenus totaux du foyer fiscal.
Choisir entre IS et IR
Il faudra faire des simulations en fonction du résultat prévu, des revenus totaux du foyer fiscal et du nombre de parts pour savoir ce qui est le plus avantageux au niveau fiscal.
đ L’IS est en gĂ©nĂ©ral plus avantageux quand la sociĂ©tĂ© conserve une partie de ses bĂ©nĂ©fices pour investir (les bĂ©nĂ©fices non distribuĂ©s ne sont pas imposĂ©s au niveau personnel).
đ L’IR peut ĂȘtre plus intĂ©ressant en dĂ©but d’activitĂ©, lorsque les bĂ©nĂ©fices sont faibles ou que l’entrepreneur peut imputer ses dĂ©ficits sur son revenu global.
Les autres critĂšres Ă prendre en compte pour choisir une forme juridique
Parmi les autres critĂšres de choix, on trouve les suivants :
Différencier le patrimoine professionnel du patrimoine personnel
đ Si câest un besoin, optez pour une forme sociĂ©taire.
A noter toutefois : depuis mai 2022, le nouveau statut d’entrepreneur individuel (EI) protĂšge automatiquement le patrimoine personnel de l’entrepreneur. Ainsi, sa rĂ©sidence principale, son Ă©pargne personnelle, ses biens non professionnels ne peuvent pas ĂȘtre saisis par les crĂ©anciers professionnels.
Cette protection existait auparavant uniquement via l’EIRL (statut supprimĂ©e) ou via une forme sociĂ©taire. Aujourd’hui, l’entreprise individuelle permet une protection Ă©quivalente, sans les contraintes d’une sociĂ©tĂ©. Toutefois, le patrimoine affectĂ© Ă l’activitĂ© professionnelle reste exposĂ©.
Besoins financiers importants
Des besoins financiers importants impliquent la nĂ©cessitĂ© de faire entrer des nouveaux associĂ©s ou dâavoir recours aux marchĂ©s financiers Ă plus ou moins long terme : SA ou SAS. De mĂȘme, si vous avez des besoins de financement modĂ©rĂ©s mais nĂ©cessitant de faire appel Ă l’emprunt bancaire, il faudra mieux crĂ©er une sociĂ©tĂ© (SARL/EURL, SAS/SASU…). Vous dĂ©poserez alors le capital lors de la crĂ©ation. Il sera un gage vis Ă vis du banquier qui pourra vous accordez un prĂȘt ;
Il en va de mĂȘme en ce qui concerne la crĂ©dibilitĂ© vis Ă vis des tiers (clients, fournisseurs et banques). Si c’est un besoin, optez pour une forme de sociĂ©tĂ©.
Coût et complexité de gestion
L’auto-entreprise est la forme la plus simple et la moins coĂ»teuse. Il n’y a pas de bilan Ă dĂ©poser, une comptabilitĂ© ultra-allĂ©gĂ©e Ă tenir (suivi du CA) et pas de formalitĂ©s juridiques type assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale.
L’entreprise individuelle nĂ©cessite une comptabilitĂ© au rĂ©el mais reste lĂ©gĂšre.
A l’inverse, les formes sociĂ©taires impliquent bien plus de dĂ©marches :
- La tenue d’une comptabilitĂ©
- Le dépÎt des comptes annuels au greffe
- La tenue d’une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale ordinaire chaque annĂ©e
- L’ouverture d’un compte bancaire et des frais affĂ©rents ;
- Le cas Ă©chĂ©ant, des frais d’expert-comptable gĂ©nĂ©ralement compris entre 1 500 ⏠et 4 000 ⏠par an selon la taille.
Ces contraintes sont à intégrer dans le calcul de rentabilité dÚs le départ.
A prendre Ă©galement en compte : la volontĂ© de s’occuper des dĂ©marches administratives liĂ©es Ă la crĂ©ation et Ă la gestion d’une entreprise. Si vous ĂȘtes rebutĂ© par toutes ces taches administratives, mais que vous voulez vous lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat, vous pouvez vous tourner vers le portage salarial.
La micro-entreprise
L’auto-entreprise est adaptĂ©e aux activitĂ©s complĂ©mentaires (salariĂ©, retraitĂ©) ainsi qu’Ă certaines activitĂ©s principales Ă faible charge et faible investissement (conseil, services, artisanatâŠ).
Elle a toutefois ses limites :
- Des plafonds de chiffre d’affaires Ă respecter (188 700 ⏠pour les activitĂ©s de vente, 77 700 ⏠pour les prestations de services en 2024)
- L’impossibilitĂ© de dĂ©duire les charges rĂ©elles (imposition sur un rĂ©sultat forfaitaire)
- Une TVA non facturĂ©e en dessous des seuils de franchise, ce qui peut ĂȘtre un inconvĂ©nient si vos clients sont des professionnels assujettis Ă la TVA.
Consultez cet article pour en savoir plus sur le choix entre entreprise et société.