DerniĂšre mise Ă jour le 28 mai 2026
En tant que chef d’entreprise, vous n’avez pas de filet de sĂ©curitĂ© automatique. Contrairement Ă un salariĂ©, si vous tombez malade demain et ne pouvez plus travailler pendant six mois, la SĂ©curitĂ© sociale des indĂ©pendants (ex-RSI) ne vous versera que des indemnitĂ©s journaliĂšres trĂšs limitĂ©es, voire rien du tout si vous venez de dĂ©marrer votre activitĂ©. Votre chiffre d’affaires s’arrĂȘte, mais vos charges, elles, continuent.
C’est prĂ©cisĂ©ment pour combler ce vide que l’assurance prĂ©voyance existe. Elle prend le relais du rĂ©gime obligatoire en cas d’arrĂȘt de travail, d’invaliditĂ© ou de dĂ©cĂšs, pour protĂ©ger Ă la fois votre revenu et votre famille.
Dans ce guide, nous vous expliquons Ă qui s’adresse la prĂ©voyance, ce qu’elle couvre concrĂštement, combien elle coĂ»te, et comment choisir le bon contrat.
Quâest-ce que l’assurance prĂ©voyance ?
L’assurance prĂ©voyance est un contrat qui complĂšte les prestations du rĂ©gime obligatoire de la SĂ©curitĂ© sociale des indĂ©pendants (SSI) en cas d’alĂ©a de santĂ© grave. Elle intervient dans trois situations principales :
đ· L’arrĂȘt de travail pour maladie ou accidentÂ
En cas d’incapacitĂ© temporaire de travail, le contrat verse des indemnitĂ©s journaliĂšres dont le montant et le dĂ©lai de carence sont dĂ©finis Ă la souscription. Le dĂ©lai de carence, c’est-Ă -dire le nombre de jours non indemnisĂ©s au dĂ©but de l’arrĂȘt, est un paramĂštre clĂ© : il varie gĂ©nĂ©ralement de 3 Ă 90 jours selon le contrat choisi. Plus le dĂ©lai est court, plus la cotisation est Ă©levĂ©e.
đ€ L’invaliditĂ©Â
En cas d’invaliditĂ© partielle ou totale empĂȘchant l’exercice de l’activitĂ© professionnelle, le contrat verse une rente mensuelle jusqu’Ă la retraite. On distingue l’invaliditĂ© partielle (rĂ©duction de la capacitĂ© de travail) et l’invaliditĂ© totale (impossibilitĂ© d’exercer toute activitĂ©). Les taux d’indemnisation varient selon le niveau de garantie souscrit.
â°ïž Le dĂ©cĂšsÂ
En cas de dĂ©cĂšs du chef d’entreprise, le contrat verse un capital dĂ©cĂšs et/ou une rente aux proches (conjoint, enfants). Certains contrats prĂ©voient Ă©galement une garantie perte totale et irrĂ©versible d’autonomie (PTIA), versĂ©e du vivant du dirigeant en cas d’invaliditĂ© absolue.
A qui sâadresse lâassurance prĂ©voyance ?

L’assurance prĂ©voyance complĂ©mentaire s’adresse principalement aux travailleurs non-salariĂ©s (TNS), qui cotisent Ă la SĂ©curitĂ© sociale des indĂ©pendants (SSI) et bĂ©nĂ©ficient d’une couverture de base nettement infĂ©rieure Ă celle des salariĂ©s. Sont concernĂ©s :
- Les entrepreneurs individuels (EI, micro-entrepreneurs)
- Les gérants majoritaires de SARL et SELARL (détenant plus de 50% des parts avec leur conjoint et enfants mineurs)
- Les gĂ©rants d’EURL
- Les associés de SNC
Et les dirigeants assimilĂ©s salariĂ©s ? Les prĂ©sidents de SAS, SASU, SA et les gĂ©rants minoritaires ou Ă©galitaires de SARL sont rattachĂ©s au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral de la SĂ©curitĂ© sociale, comme les salariĂ©s. Leur couverture de base est meilleure que celle des TNS, mais reste souvent insuffisante face aux besoins rĂ©els d’un dirigeant. Une prĂ©voyance complĂ©mentaire reste donc pertinente pour eux aussi, notamment pour couvrir l’invaliditĂ© et le dĂ©cĂšs.
Un cas particulier : le conjoint collaborateur. Si votre conjoint participe Ă l’activitĂ© sans ĂȘtre salariĂ©, il peut Ă©galement bĂ©nĂ©ficier d’une couverture prĂ©voyance adaptĂ©e Ă son statut. C’est un point souvent nĂ©gligĂ© lors de la souscription.
Pourquoi cotiser à une assurance prévoyance ?
La rĂ©ponse tient en un chiffre : en cas d’arrĂȘt maladie, un TNS perçoit des indemnitĂ©s journaliĂšres de la SSI Ă partir du 4e jour d’arrĂȘt seulement (dĂ©lai de carence), et leur montant est calculĂ© sur la base des revenus cotisĂ©s â souvent trĂšs faible en dĂ©but d’activitĂ© ou en cas de revenus irrĂ©guliers. Ă titre de comparaison, un salariĂ© perçoit 50% de son salaire journalier de rĂ©fĂ©rence dĂšs le 4e jour, complĂ©tĂ© par de nombreuses conventions collectives dĂšs le 1er jour.
En cas d’invaliditĂ© permanente, la rente versĂ©e par la SSI couvre rarement plus de 30 Ă 40% des revenus antĂ©rieurs. Or, les charges de l’entreprise continuent : loyer, remboursements de crĂ©dit, cotisations minimales…
Les avantages fiscaux du contrat Madelin Pour les TNS, les cotisations versĂ©es dans le cadre d’un contrat Madelin sont dĂ©ductibles du bĂ©nĂ©fice imposable, dans la limite de plafonds dĂ©finis par la loi. En 2025, la dĂ©duction est limitĂ©e Ă 3,75% du bĂ©nĂ©fice imposable + 7% du PASS (plafond annuel de la SĂ©curitĂ© sociale), dans la limite de 3% de 8 fois le PASS. ConcrĂštement, cette dĂ©ductibilitĂ© permet de rĂ©duire significativement le coĂ»t rĂ©el du contrat.
â ïž Les dirigeants assimilĂ©s salariĂ©s (prĂ©sidents de SAS, gĂ©rants minoritaires) ne peuvent pas souscrire de contrat Madelin. Leur prĂ©voyance peut en revanche ĂȘtre prise en charge par leur sociĂ©tĂ© dans certaines conditions.
Combien coûte une assurance prévoyance ?
đ¶ Le coĂ»t d’un contrat prĂ©voyance dĂ©pend de plusieurs facteurs : l’Ăąge du souscripteur, le niveau de garanties choisi, le dĂ©lai de carence, et l’Ă©tat de santĂ© (un questionnaire mĂ©dical est souvent demandĂ©).
Ă titre indicatif, pour un TNS de 35 ans en bonne santĂ©, un contrat prĂ©voyance couvrant l’arrĂȘt de travail, l’invaliditĂ© et le dĂ©cĂšs avec un dĂ©lai de carence de 30 jours reprĂ©sente gĂ©nĂ©ralement entre 80 et 200 ⏠par mois, selon le niveau d’indemnisation souhaitĂ©.
Le dĂ©lai de carence est le principal levier pour ajuster le budget : opter pour un dĂ©lai de 90 jours plutĂŽt que 15 jours peut diviser la cotisation par deux. Si vous disposez d’une trĂ©sorerie suffisante pour absorber trois mois sans revenu, allonger le dĂ©lai de carence est une stratĂ©gie pertinente pour rĂ©duire le coĂ»t.
Comment choisir son contrat prévoyance ?
Tous les contrats ne se valent pas. Voici les points essentiels Ă comparer avant de souscrire :
đ Le dĂ©lai de carence : c’est le nombre de jours non indemnisĂ©s au dĂ©but de l’arrĂȘt. Plus il est court (3, 7, 15 jours), plus le contrat coĂ»te cher mais mieux vous ĂȘtes protĂ©gĂ© dĂšs le premier arrĂȘt.
đ¶ Le montant des indemnitĂ©s journaliĂšres : vĂ©rifiez qu’elles couvrent rĂ©ellement vos charges fixes mensuelles (loyer, crĂ©dits, cotisations sociales minimales) divisĂ©es par 30.
đ€ La dĂ©finition de l’invalidité : certains contrats couvrent l’incapacitĂ© Ă exercer votre profession spĂ©cifique (dĂ©finition favorable), d’autres seulement l’incapacitĂ© Ă exercer toute activitĂ© professionnelle (dĂ©finition restrictive). La premiĂšre est bien plus protectrice.
đŹ Les exclusions : lisez attentivement les exclusions (sports Ă risque, maladies prĂ©existantes, santĂ© mentale, addictions). Certains contrats sont plus restrictifs que d’autres.
đ La revalorisation des rentes : en cas d’invaliditĂ© longue, vĂ©rifiez que la rente est indexĂ©e sur l’inflation ou sur le PASS.
đ Le questionnaire mĂ©dical : certains contrats exigent un questionnaire mĂ©dical dĂ©taillĂ©. Si vous avez des antĂ©cĂ©dents de santĂ©, comparez plusieurs offres car les conditions d’acceptation varient.

Tableau comparatif : TNS vs assimilé salarié
| TNS (gĂ©rant majoritaire, EIâŠ) | AssimilĂ© salariĂ© (prĂ©sident SAS, gĂ©rant minoritaireâŠ) | |
|---|---|---|
| Régime obligatoire | Sécurité sociale des indépendants (SSI) | Régime général |
| Indemnités journaliÚres de base | Faibles, délai de carence de 3 jours | 50% du salaire journalier, délai de 3 jours |
| Rente invalidité de base | 30 à 40% des revenus | Meilleure couverture |
| Contrat Madelin possible ? | Oui | Non |
| Prévoyance via la société ? | Possible sous conditions | Oui, déductible dans certaines limites |
| UtilitĂ© d’une prĂ©voyance complĂ©mentaire | TrĂšs forte | RecommandĂ©e |
Checklist : bien choisir sa prévoyance
â Avant de souscrire
-  Calculer ses charges fixes mensuelles incompressibles (loyer, crédits, cotisations SSI minimales)
-  Ăvaluer sa capacitĂ© Ă absorber un arrĂȘt sans revenu (1 mois ? 3 mois ? 6 mois ?)
-  Vérifier son statut : TNS ou assimilé salarié
-  Comparer au moins 3 devis (courtier recommandé)
-  Vérifier les conditions du questionnaire médical
â Ă la lecture du contrat
-  Vérifier le délai de carence choisi
-  ContrÎler le montant des indemnités journaliÚres
-  Lire la dĂ©finition de l’invaliditĂ© (profession ou toute activitĂ© ?)
- Â Identifier les exclusions principales
-  Vérifier la revalorisation des rentes dans le temps
â AprĂšs la souscription
-  Déduire les cotisations dans la déclaration fiscale (contrat Madelin)
-  Réévaluer les garanties chaque annĂ©e en cas d’Ă©volution du revenu
-  Mettre à jour les bénéficiaires en cas de changement de situation familiale
FAQ
Quelle est la différence entre la prévoyance et la mutuelle santé ?
Ce sont deux contrats complĂ©mentaires mais distincts. La mutuelle (ou complĂ©mentaire santĂ©) rembourse les frais mĂ©dicaux non couverts par la SĂ©curitĂ© sociale : consultations, mĂ©dicaments, hospitalisation, optique, dentaire. La prĂ©voyance, elle, compense la perte de revenu en cas d’arrĂȘt de travail, d’invaliditĂ© ou de dĂ©cĂšs. Un chef d’entreprise a intĂ©rĂȘt Ă souscrire les deux.
à partir de quand les indemnités sont-elles versées ?
Cela dĂ©pend du dĂ©lai de carence prĂ©vu dans votre contrat. Ce dĂ©lai peut aller de 3 jours Ă 90 jours. PassĂ© ce dĂ©lai, les indemnitĂ©s journaliĂšres sont versĂ©es jusqu’Ă la reprise du travail ou jusqu’Ă la date de consolidation (passage en invaliditĂ©). VĂ©rifiez ce point attentivement : c’est l’un des critĂšres les plus importants du contrat.
Les cotisations prévoyance sont-elles déductibles de mes impÎts ?
Oui, pour les TNS qui souscrivent un contrat Madelin. Les cotisations sont dĂ©ductibles du bĂ©nĂ©fice imposable dans la limite de plafonds lĂ©gaux. Pour les dirigeants assimilĂ©s salariĂ©s, la prise en charge par la sociĂ©tĂ© est possible sous certaines conditions et peut ĂȘtre dĂ©ductible du rĂ©sultat de l’entreprise. Dans tous les cas, consultez votre expert-comptable pour optimiser ce levier fiscal.
Que se passe-t-il si je ne déclare pas un problÚme de santé préexistant ?
C’est une faute grave appelĂ©e fausse dĂ©claration intentionnelle. Si l’assureur la dĂ©couvre â notamment lors d’un sinistre â il peut annuler le contrat et refuser toute indemnisation, mĂȘme pour des sinistres sans rapport avec le problĂšme non dĂ©clarĂ©. Il vaut toujours mieux dĂ©clarer honnĂȘtement son Ă©tat de santĂ© et, si nĂ©cessaire, comparer plusieurs assureurs qui pratiquent des conditions d’acceptation diffĂ©rentes.
Puis-je souscrire une prévoyance si je suis en micro-entreprise ?
Oui. Les micro-entrepreneurs sont des TNS et bĂ©nĂ©ficient d’une protection sociale de base trĂšs limitĂ©e de la SSI. Souscrire une prĂ©voyance complĂ©mentaire est particuliĂšrement important pour eux. En revanche, le contrat Madelin n’est accessible qu’aux TNS imposĂ©s au rĂ©el (BIC ou BNC rĂ©el) â les micro-entrepreneurs soumis au versement libĂ©ratoire ne peuvent pas en bĂ©nĂ©ficier.
Ă quel Ăąge faut-il souscrire ?
Le plus tĂŽt possible. Plus vous souscrivez jeune, plus les cotisations sont faibles et plus vous avez de chances d’ĂȘtre acceptĂ© sans exclusions mĂ©dicales. Attendre d’avoir un problĂšme de santĂ© pour s’y intĂ©resser, c’est souvent trop tard : l’assureur peut refuser le risque ou exclure la pathologie dĂ©clarĂ©e.