DerniĂšre mise Ă jour le 25 mai 2026
Le plan de financement initial est un document clĂ© du business plan. Il permet de mesurer la soliditĂ© financiĂšre d’un projet en mettant en regard l’ensemble des besoins de financement (ce que l’entreprise doit financer au dĂ©marrage) et des ressources de financement (ce dont elle dispose pour y faire face).
Un Ă©cart nĂ©gatif â besoins supĂ©rieurs aux ressources â signale que le projet n’est pas financiĂšrement viable en l’Ă©tat et qu’il faut soit rĂ©duire les besoins, soit trouver des ressources supplĂ©mentaires. Un Ă©cart positif indique au contraire que les ressources couvrent les besoins, ce qui est le signe d’un plan de financement Ă©quilibrĂ©.
Le plan de financement initial se distingue du plan de financement Ă 3 ans : le premier photographie la situation au moment de la crĂ©ation, le second projette les flux de financement sur les trois premiĂšres annĂ©es d’activitĂ© pour vĂ©rifier que l’entreprise restera solvable dans la durĂ©e.
Pourquoi réaliser un plan de financement ?
Réaliser un plan de financement initial permet de lister tous les besoins et toutes les ressources de financement avant le lancement. Il remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Vérifier que le projet est financiÚrement viable dÚs le départ ;
- Identifier les manques de financement et mettre en place des actions correctives (réduire les investissements, trouver des financements complémentaires, décaler certains achats) ;
- Convaincre un banquier ou un investisseur : le plan de financement est le premier document qu’ils analysent pour Ă©valuer la soliditĂ© du projet ;
- Redimensionner le projet si les ressources disponibles sont insuffisantes.

Quels sont les besoins figurant dans le plan de financement ?
Les besoins de financement sont :
Les frais de création
đ€ Les frais de crĂ©ation regroupent l’ensemble des charges engagĂ©es pour crĂ©er l’entreprise avant mĂȘme le dĂ©marrage de l’activitĂ© :
- Les honoraires versés à un expert-comptable, un avocat ou un commissaire aux apports ;
- Les droits d’enregistrement : taxes payĂ©es lors de l’achat d’un fonds de commerce ou de parts sociales ;
- Les dépenses de publicité de lancement et de prospection initiale ;
- Les frais de greffe et les frais de publication de l’avis de constitution dans un journal d’annonces lĂ©gales.
Ces frais peuvent ĂȘtre passĂ©s directement en charges sur le premier exercice, ou immobilisĂ©s selon le choix comptable retenu.
Les immobilisations corporelles
đą Les immobilisations corporelles sont les biens physiques durables acquis par l’entreprise :
- Immeubles, terrains et constructions ;
- Travaux d’amĂ©nagement des locaux ;
- Matériel industriel, machines, outillages ;
- Mobilier et fournitures de bureau ;
- Ăquipements informatiques : ordinateurs, imprimantes, serveurs ;
- Véhicules : tourisme, utilitaires, engins de chantier.
â ïž Si certaines immobilisations sont financĂ©es en crĂ©dit-bail ou leasing, elles n’apparaissent pas dans les besoins du plan de financement initial (elles ne sont pas achetĂ©es), mais les loyers correspondants figureront dans les charges du compte de rĂ©sultat prĂ©visionnel.
Les immobilisations incorporelles
đ» Les immobilisations incorporelles sont les actifs non physiques acquis par l’entreprise :
- Achat d’un fonds de commerce, droit au bail ou pas de porte ;
- Frais de recherche et développement ;
- Achat de brevet ou de licence d’exploitation ;
- Acquisition de logiciels.
Les immobilisation financiĂšres
đ Les immobilisations financiĂšres de dĂ©part sont principalement constituĂ©es des dĂ©pĂŽts de garantie (caution versĂ©e au bailleur lors de la signature d’un bail commercial) et des cautionnements versĂ©s Ă des tiers.
Le stock
đŠ Afin de dĂ©buter son activitĂ© et de se lancer, l’entreprise doit se constituer un stock de dĂ©part.
Ce stock doit ĂȘtre suffisamment important pour couvrir la demande et Ă©viter Ă l’entreprise de se retrouver dans une situation de rupture de stock. Il doit toutefois dans le mĂȘme temps ĂȘtre assez limitĂ© pour Ă©viter de se retrouver avec du stock obsolĂšte et de devoir le dĂ©prĂ©cier. En outre, le stock Ă un coĂ»t : coĂ»t de passation de commande, coĂ»t de possession…qu’il convient de limiter au maximum.
La trésorerie initiale et le BFR
Il faut prévoir de financer la trésorerie initiale et le besoin en fonds de roulement (BFR) lié au décalage entre les décaissements et les encaissements.
đ En BtoB, l’entreprise rĂšgle souvent ses fournisseurs avant d’encaisser ses clients. Ce dĂ©calage crĂ©e un besoin de financement Ă couvrir.
đ En BtoC (vente directe aux particuliers), le BFR est souvent faible car les clients paient comptant.
Dans certains secteurs (grande distribution, abonnements prĂ©payĂ©s), le BFR peut mĂȘme ĂȘtre nĂ©gatif : les clients paient avant que l’entreprise rĂšgle ses fournisseurs. Le BFR devient alors une ressource et non un besoin.
La TVA
Toutes les dĂ©penses indiquĂ©es ci-dessus sont hors taxes si l’entreprise est soumise Ă TVA. Il faudra donc prĂ©voir de payer la TVA sur les dĂ©penses (immobilisations corporelles, incorporelles et stock). Ces montants devront ĂȘtre indiquĂ©s dans le tableau de financement initial.
| đ Bonne nouvelle : si vous avez dĂ©pensĂ© une grosse somme en TVA dĂ©ductible sur immobilisations lors du lancement et des premiers mois d’activitĂ© mais que vos ventes tardent Ă venir, vous pouvez vous faire rembourser votre crĂ©dit de TVA par l’Ă©tat. |
Quelles sont les ressources figurant dans le plan de financement ?
Les ressources dans le plan de financement sont :
Les capitaux propres
đ¶ Les capitaux propres sont constituĂ©s des apports des associĂ©s. Un niveau de capitaux propres Ă©levĂ© rassure les banquiers et les investisseurs : il dĂ©montre que les crĂ©ateurs croient eux-mĂȘmes dans leur projet et acceptent d’y engager leur argent.
Les fonds propres jouent Ă©galement un effet de levier : en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, chaque euro de fonds propres permet d’obtenir deux Ă trois euros de financement bancaire supplĂ©mentaire.
Les apports en numéraire
Les apports en numĂ©raire sont les sommes d’argent apportĂ©es par les associĂ©s. Plusieurs sources peuvent alimenter ces apports :
đ€ Les associĂ©s, ou actionnaires pour les SA, sont les apporteurs de capitaux. Il s’agit donc en premier lieu du ou des crĂ©ateurs. Il peuvent puiser dans leurs Ă©conomies pour rĂ©aliser leur apport. La crĂ©ation d’entreprise est d’ailleurs un motif de dĂ©blocage anticipĂ© du PEE (plan d’Ă©pargne entreprise).
đŠ Il est aussi possible de demander des prĂȘts d’honneurs qui seront directement adressĂ©s au crĂ©ateur d’entreprise. Il s’agit d’un prĂȘt, souvent Ă taux zĂ©ro. Pour en bĂ©nĂ©ficier, il faut dĂ©poser un dossier auprĂšs d’un organisme qui en propose. L’octroi du prĂȘt d’honneur se fera sur dĂ©pĂŽt d’un dossier et prĂ©sentation devant un jury.
â€ïž Pour augmenter les apports, il est aussi possible de faire appel Ă ses proches. Ils pourront investir dans la sociĂ©tĂ© et mĂȘme bĂ©nĂ©ficier d’une rĂ©duction d’impĂŽt pour souscription au capital des PME dans certains cas. C’est ce qu’on appelle la Love Money.
đšâđŠIl est aussi possible de faire appel aux proches de ses proches grĂące au crowdfunding. En français, on parle de financement participatif. Aussi bien les proches que de parfaits inconnus vont donner de l’argent pour financer la crĂ©ation d’entreprise. Pour cela, il est nĂ©cessaire d’avoir un projet qui tienne la route. Le crĂ©ateur pourra donner des contreparties en Ă©change des dons. Il existe aussi des principes identiques pour le prĂȘt (crowdlending) et pour l’investissement (crowdequity).
đž Enfin, des business angels et des sociĂ©tĂ©s de capital-risque peuvent investir dans la sociĂ©tĂ©. Toutefois, ces investisseurs cherchent avant tout des projets innovants Ă fort rendement. Ainsi, l’investissement d’un business angels tourne autour de 100 000⏠et celui d’une sociĂ©tĂ© de capital-risque Ă 1 000 000âŹ.
Les apports en nature
đ Les apports en nature sont les biens matĂ©riels ou immatĂ©riels apportĂ©s Ă la sociĂ©tĂ© : matĂ©riel, logiciel, vĂ©hicule, fonds de commerceâŠ
Un commissaire aux apports doit évaluer les apports en nature sauf si, pour une SAS ou une SARL :
- Aucun apport individuel ne dĂ©passe 30 000âŹ, ET
- La valeur totale des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital social.
Dans une SA, ces conditions ne s’appliquent pas : un commissaire aux apports est toujours obligatoire.
Le compte courant d’associĂ©s
đ” Le compte courant d’associĂ©s est une avance de trĂ©sorerie consentie par les associĂ©s Ă la sociĂ©tĂ©. Contrairement au capital, ces sommes ne sont pas bloquĂ©es dĂ©finitivement et peuvent ĂȘtre remboursĂ©es dĂšs que la trĂ©sorerie de la sociĂ©tĂ© le permet.
La sociĂ©tĂ© peut rĂ©munĂ©rer ces avances par des intĂ©rĂȘts, dans la limite du taux lĂ©gal fixĂ© chaque annĂ©e par l’administration fiscale. Au-delĂ de ce plafond, les intĂ©rĂȘts ne sont pas dĂ©ductibles fiscalement pour la sociĂ©tĂ©.
Les aides et les subventions d’entreprise
Plusieurs dispositifs publics peuvent venir renforcer les ressources du plan de financement :
- Bpifrance : prĂȘts Ă taux bonifiĂ©, garanties bancaires, prĂȘts d’amorçage pour les projets innovants ;
- Les aides rĂ©gionales : chaque rĂ©gion dispose de ses propres dispositifs d’aide Ă la crĂ©ation, souvent mĂ©connus mais accessibles sur les sites des conseils rĂ©gionaux ;
- Le dispositif NACRE : accompagnement et prĂȘt Ă taux zĂ©ro pour les crĂ©ateurs demandeurs d’emploi ou bĂ©nĂ©ficiaires de minima sociaux ;
- Les concours Ă la crĂ©ation d’entreprise : certains dotent les laurĂ©ats de subventions directes (pour se savoir plus, n’hĂ©sitez pas Ă consulter notre article les concours).
â ïž Attention : certaines subventions sont versĂ©es aprĂšs la crĂ©ation et sous conditions de rĂ©alisation d’engagements. Elles ne doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©es dans le plan de financement initial que si leur versement est certain et intervient dĂšs le dĂ©marrage.
Quelques exemples de concours Ă la crĂ©ation d’entreprise : Agropole, Talents des citĂ©s, Concours des talents de la BGE…
Le prĂȘt bancaire
đŠ Le prĂȘt bancaire vient complĂ©ter les fonds propres pour financer les investissements. Il ne peut ĂȘtre accordĂ© que si le projet est viable et si le dossier est solide. Pour prendre sa dĂ©cision, le banquier analyse notamment :
- Le ratio apport personnel / montant total du projet : les banques exigent gĂ©nĂ©ralement que les fonds propres reprĂ©sentent au moins un tiers du coĂ»t total du projet (et non un tiers du prĂȘt demandĂ©) ;
- La capacitĂ© de remboursement de l’entreprise, mesurĂ©e par la CAF (capacitĂ© d’autofinancement) ;
- Les compétences du porteur de projet et la cohérence du business plan.
Il est possible de renforcer le dossier par une garantie bancaire, octroyée par Bpifrance ou par un organisme de caution mutuelle.
Le crédit-bail et le leasing
đ¶ Le crĂ©dit-bail (ou leasing) est une alternative Ă l’achat pour financer certaines immobilisations (vĂ©hicules, matĂ©riel informatique, Ă©quipements industriels). L’entreprise n’achĂšte pas le bien : elle le loue auprĂšs d’un organisme financier, avec option d’achat en fin de contrat.
L’avantage est de prĂ©server la trĂ©sorerie : pas de dĂ©caissement important au dĂ©marrage, les loyers Ă©tant Ă©talĂ©s dans le temps. En revanche, le coĂ»t global est gĂ©nĂ©ralement plus Ă©levĂ© qu’un achat classique. Les biens financĂ©s en crĂ©dit-bail n’apparaissent pas dans le plan de financement initial mais les loyers sont intĂ©grĂ©s dans les charges prĂ©visionnelles.

Le BFR négatif
Dans certains secteurs, le BFR est nĂ©gatif : les clients paient avant que l’entreprise rĂšgle ses fournisseurs (grande distribution, abonnements, vente en ligne avec paiement immĂ©diat). Dans ce cas, le BFR nĂ©gatif constitue une ressource de financement et vient Ă©quilibrer le plan de financement. Il est alors inscrit du cĂŽtĂ© des ressources.
Exemple de plan de financement initial
Voici un exemple de plan de financement initial pour une PME commerciale :
| BESOINS | Montant | RESSOURCES | Montant |
|---|---|---|---|
| Frais de création | 2 000 ⏠| Capital (apports en numéraire) | 15 000 ⏠|
| Immobilisations corporelles | 20 000 ⏠| Apports en nature | 5 000 ⏠|
| Immobilisations incorporelles | 5 000 ⏠| Compte courant d’associĂ©s | 5 000 ⏠|
| Immobilisations financiĂšres (dĂ©pĂŽt de garantie) | 3 000 ⏠| PrĂȘt d’honneur | 5 000 ⏠|
| Stock initial | 8 000 ⏠| PrĂȘt bancaire | 20 000 ⏠|
| TVA sur investissements | 4 000 ⏠| Subvention régionale | 2 000 ⏠|
| Trésorerie initiale + BFR | 5 000 ⏠| ||
| TOTAL BESOINS | 47 000 ⏠| TOTAL RESSOURCES | 52 000 ⏠|
| Excédent de ressources | 5 000 ⏠|
Dans cet exemple, les ressources sont supĂ©rieures aux besoins de 5 000âŹ. Le plan est Ă©quilibrĂ© : l’entreprise dispose mĂȘme d’un matelas de sĂ©curitĂ© pour faire face aux imprĂ©vus des premiers mois.
Ă noter : les fonds propres (capital + apports en nature + compte courant + prĂȘt d’honneur) s’Ă©lĂšvent Ă 30 000âŹ, soit environ 64% du montant total du projet. Le ratio est largement supĂ©rieur au tiers exigĂ© par les banquiers.
Le plan de financement Ă 3 ans
Le plan de financement initial ne couvre que le moment de la crĂ©ation. Pour s’assurer que l’entreprise restera solvable sur le long terme, il est recommandĂ© de rĂ©aliser Ă©galement un plan de financement Ă 3 ans.
Ce document projette, annĂ©e par annĂ©e sur trois exercices, les ressources durables et les emplois durables de l’entreprise :
| Année 1 | Année 2 | Année 3 | |
|---|---|---|---|
| RESSOURCES | |||
| CapacitĂ© d’autofinancement (CAF) | |||
| Augmentation de capital | |||
| Nouveaux emprunts | |||
| Cessions d’immobilisations | |||
| EMPLOIS | |||
| Dividendes versés | |||
| Remboursement d’emprunts | |||
| Nouveaux investissements | |||
| Variation du BFR | |||
| ĂCART (Ressources – Emplois) | |||
| TRĂSORERIE CUMULĂE |
Un Ă©cart nĂ©gatif sur l’une des annĂ©es signale un risque de rupture de trĂ©sorerie qu’il faudra anticiper par un financement complĂ©mentaire ou une rĂ©duction des investissements prĂ©vus.
Quelques conseils pour réaliser un plan de financement initial
Voici les derniers conseils pour réaliser un plan de financement initial :
- Ătre rĂ©aliste : ne pas sous-estimer les besoins ni surestimer les ressources. Mieux vaut partir sur des hypothĂšses prudentes et avoir une bonne surprise qu’ĂȘtre pris de court dĂšs les premiers mois ;
- Respecter le ratio fonds propres / projet : les banques exigent que les fonds propres représentent au moins un tiers du coût total du projet. En dessous, le dossier bancaire sera difficile à faire accepter ;
- Ătablir des devis pour tous les investissements importants : une estimation approximative fragilise le business plan aux yeux d’un banquier ou d’un investisseur ;
- Ne pas oublier la TVA sur les investissements si l’entreprise est soumise Ă la TVA : c’est un besoin de trĂ©sorerie temporaire mais rĂ©el au dĂ©marrage ;
- PrĂ©voir une rĂ©serve de trĂ©sorerie : les premiĂšres semaines d’activitĂ© sont rarement conformes aux prĂ©visions. Un matelas de sĂ©curitĂ© de 10 Ă 15% des besoins totaux est recommandĂ© ;
- Ne pas inclure les subventions incertaines : n’intĂ©grer dans les ressources que les financements confirmĂ©s ou trĂšs probables. Une subvention hypothĂ©tique peut fausser l’analyse et donner une fausse impression d’Ă©quilibre.