Les soldes intermédiaires de gestion

Dernière mise à jour le 16 mai 2026

Le compte de résultat indique si une entreprise est bénéficiaire ou déficitaire, mais il ne dit pas pourquoi. C’est précisément le rôle des soldes intermédiaires de gestion (SIG). Ils permettent de déterminer la façon dont le résultat est construit et où se situent les forces et les faiblesses de l’entreprise.

Les SIG sont utilisés dans de nombreuses situations concrètes :

  • lors d’une demande de financement bancaire (la banque analyse systématiquement l’EBE et le taux de marge) ;
  • dans l’élaboration d’un business plan ou d’un prévisionnel financier ;
  • lors d’une reprise ou d’une transmission d’entreprise (diagnostic de rentabilité) ;
  • pour effectuer des comparaisons sectorielles, notamment via les données publiées chaque année par la Banque de France par secteur d’activité.

Les principaux SIG sont : la marge brute, la valeur ajoutée, l’excédent brut d’exploitation (EBE), le résultat d’exploitation, le résultat financier, le résultat courant avant impôt, le résultat exceptionnel et le résultat de l’exercice.

Le tableau des soldes intermédiaires de gestion

Le tableau des SIG se présente de la façon suivante :

Vente de marchandises
Coût d’achat des marchandises vendues
= Marge brute
– Consommations en provenance de tiers (compte 60 autre que marchandises, 61 et 62)
= Valeur ajoutée
+ Subventions d’exploitation
– Charges de personnel
– Impôts et taxes
= Excédent brut d’exploitation
+ / – Autres charges et produits d’exploitation
– Dotations aux amortissements et aux provisions
+ Transferts de charges d’exploitation
+ Reprises sur amortissements et provisions d’exploitation
= Résultat d’exploitation
+ Produits financiers
– Charges financières
= Résultat courant avant impôt
+ Produits exceptionnels
– Charges exceptionnelles
– Participation des salariés
– Impôt sur les bénéfices
= Résultat de l’exercice

📝 Quelques précisions :

Le tableau présenté ci-dessus correspond à une entreprise commerciale (achat-revente de marchandises). Selon votre activité, les premières lignes du tableau change :

🛍 Entreprise de négoce (commerce)

Ventes de marchandises − Coût d’achat des marchandises vendues = Marge commerciale

🏭 Entreprise industrielle ou artisanale (production)

Production vendue +/− Production stockée + Production immobilisée − Consommations de matières premières = Marge de production

🧑‍💻 Entreprise de services

Chiffre d’affaires (prestations) − Coût de réalisation des prestations (sous-traitance, achats spécifiques) = Marge sur prestations

Dans tous les cas, la suite du tableau (valeur ajoutée, EBE, etc.) reste identique. La marge brute, quelle que soit sa dénomination, constitue toujours le point de départ.

⚠️ Point de vigilance : les entreprises de services pures (conseil, formation, etc.) ont souvent peu ou pas de “coût de réalisation” à déduire de leur CA. Leur marge brute est donc très élevée (80-95 %). Elle ne doit donc pas être comparée aux ratios d’une entreprise commerciale.

Analyser les soldes intermédiaires de gestion

Il est utile d’analyser le ou les bons soldes intermédiaires de gestion en fonction de ce que l’entreprise souhaite savoir.

📌 Par exemple, le résultat de l’exercice permettra d’avoir une vision d’ensemble. L’EBE permettra quant à lui de connaitre le résultat sans être impacté par la politique de financement, les événements exceptionnels et les choix comptables.

🧮 On calcule également les SIG en pourcentage du chiffre d’affaires, ce qui permet de pourvoir établir des comparaisons. Elles sont ainsi réalisées avec les entreprises du même secteur ou avec les années antérieures.

La marge brute, premier des soldes intermédiaires de gestion

On l’a vu, son calcul dépend du secteur d’activité :

  • Entreprises de négoce : ventes de marchandises – coût d’achat des marchandises vendues. On parle de marge commerciale ;
  • Entreprises de production : production vendue +/- production stockée + production immobilisée. On parle de marge de production ;
  • Entreprises de services : prestations de l’exercice – coût de la réalisation de la prestation.

Le coût d’achat des marchandises vendues est égal aux achats de marchandises + (stock initial – stock final). En effet, en comptabilité, il faudra prendre en compte les marchandises achetées et utilisées. Les marchandises qui restent en stock sont comptabilisées dans le bilan, et non dans le compte de résultat. Ce coût d’achat des marchandises vendues inclus aussi les frais accessoires d’achats de marchandises moins les 3R (remises, rabais, ristournes).

La marge brute permet de connaitre le bénéfice tiré de l’activité.

La valeur ajoutée

🧮 Son calcul est :  marge commerciale + production de l’exercice – consommations en provenance de tiers.

La valeur ajoutée mesure la richesse créée par l’entreprise. Elle est ensuite répartie entre toutes ses parties prenantes : salariés, actionnaires, banques et état.

L’excédent brut d’exploitation (EBE)

🧮 Son calcul est : valeur ajoutée + subventions d’exploitation – charges de personnel – impôts et taxes.

L’excédent brut d’exploitation permet de mesurer le résultat de l’entreprise sans tenir compte :

  • De la politique d’investissement de l’entreprise (vu à travers les amortissements et les provisions, qui peuvent varier selon les politiques comptables
  • De la politique de financement (vu à travers le résultat financier, qui peut varier en fonction d’un mode de financement avec ou sans emprunt)
  • Des événements exceptionnels (vus à travers le résultat exceptionnel).

📈 L’EBE est l’indicateur préféré des banquiers et des analystes financiers. Il mesure en effet ce que l’entreprise génère uniquement par son activité. Deux entreprises identiques dans leur activité mais différentes dans leurs choix comptables auront le même EBE.

Il est utilisé notamment pour calculer deux ratios clés :

Taux d’EBE (ou taux de marge opérationnelle) :

🧮 EBE / Chiffre d’affaires × 100

Ce ratio mesure la part du CA qui se transforme en richesse opérationnelle.

📌 Par exemple, un taux d’EBE de 10 % signifie que pour 100 € de CA, l’entreprise dégage 10 € avant amortissements, intérêts et impôts.

➡️ Les niveaux varient fortement selon les secteurs : une entreprise de distribution peut afficher 3-5 %, quand une société de logiciels peut dépasser 30 %.

Capacité de remboursement

🧮 Dettes financières nettes / EBE

Ce ratio indique en combien d’années l’entreprise pourrait rembourser ses dettes si elle y consacrait tout son EBE.

➡️ En dessous de 3 ans, la situation est saine. Au-delà de 5 ans, les banques considèrent généralement que l’entreprise est sur-endettée.

Le résultat d’exploitation

🧮 Son calcul est : EBE + autres produits d’exploitation – autres charges d’exploitation – dotations aux amortissements et aux provisions + transferts de charges d’exploitation + reprises sur amortissements et provisions d’exploitation.

Il peut aussi être calculé en faisant la différence entre les produits d’exploitation et les charges d’exploitation.

Le résultat d’exploitation permet de connaitre le résultat de l’entreprise sans prendre en compte le résultat exceptionnel et le résultat financier. En d’autres termes, son calcul permet de connaitre le résultat dégagé uniquement lié à la réalisation de son activité. Les considérations financières (paiement des intérêts en cas de prêt, perte ou gain de change…) et tous les événements exceptionnels sont exclus du résultat.

Le résultat financier

🧮 Son calcul est : produits financiers – charges financières.

Le résultat financier est le reflet de la situation financière de l’entreprise et de ses politiques en matière de financement.

👉 Les charges financières sont principalement constituées :

  • Des intérêts d’emprunt, auprès d’un établissement bancaire et éventuellement auprès des associés – via le compte courant d’associés
  • Des escomptes accordés
  • Des pertes de change
  • Des pertes sur les VMP lors de leur revente.

👉 Les produits financiers sont plus rares que les charges financières. Ils sont principalement constitués de :

  • Produits de participation et d’autres immobilisations financières ;
  • Revenus des créances commerciales (par exemple un client qui paye des pénalités de retard) ;
  • Escomptes obtenus ;
  • Gains de change ;
  • Gains sur les VMP lors de leur revente.

Le résultat courant avant impôt

🧮 Son calcul est : résultat d’exploitation + produits financiers – charges financières.

Il permet de mesurer le résultat de l’entreprise issu de son activité mais aussi de sa politique financière.

Le résultat exceptionnel

🧮 Son calcul est : produits exceptionnels – charges exceptionnelles.

Le calcul du résultat exceptionnel permet d’exclure tous les événements qui n’ont pas de lien direct avec l’activité. Son analyse peut également être intéressante puisqu’elle peut permettre de détecter une éventuelle politique de désinvestissement (vente d’immobilisations).

👉 Les produits exceptionnels sont principalement les pénalités reçues, les produits de cessions d’éléments d’actifs ainsi que les quote-parts de subventions d’investissement virées au résultat.

👉 Les charges exceptionnelles sont principalement constituées des pénalités, des dons sans lien avec l’exploitation et des rappels d’impôts.

Le résultat de l’exercice, dernier des soldes intermédiaires de gestion

🧮 Son calcul est : résultat courant avant impôt + produits exceptionnels – charges exceptionnelles – participation des salariés – impôt sur les sociétés.

Il peut aussi être calculé en faisant la différence entre tous les produits de l’entreprise et toutes ses charges ou en additionnant le résultat d’exploitation, le résultat financier et le résultat exceptionnel.

Il montre la valeur (ou la perte) nette dégagée par l’entreprise sur la période. Le résultat, s’il est positif, est ensuite réparti entre les dividendes aux actionnaires et l’investissement dans l’entreprise (report à nouveau et mise en réserves).

Les ratios clés à calculer à partir des SIG

Les SIG prennent tout leur sens lorsqu’on les exprime en pourcentage du chiffre d’affaires et qu’on les suit dans le temps ou qu’on les compare aux moyennes sectorielles.

RatioFormuleCe qu’il mesure
Taux de marge bruteMarge brute / CA × 100Rentabilité commerciale brute, avant frais de structure
Taux de valeur ajoutéeValeur ajoutée / CA × 100Part de richesse créée par l’entreprise elle-même
Taux d’EBEEBE / CA × 100Rentabilité opérationnelle, hors politique financière et comptable
Taux de résultat d’exploitationRésultat d’exploitation / CA × 100Rentabilité après prise en compte des amortissements
Taux de résultat netRésultat de l’exercice / CA × 100Rentabilité globale nette
Capacité de remboursementDettes financières nettes / EBENombre d’années pour rembourser les dettes (norme : < 3-5 ans)
Part des charges de personnel dans la VACharges de personnel / VA × 100Poids de la masse salariale dans la richesse créée

💭 Où trouver les moyennes sectorielles ? La Banque de France publie chaque année des ratios moyens par secteur d’activité dans sa base de données DIANE et dans ses publications sectorielles.

Exemple de SIG

Tableau

2025% CA2026% CA
Vente de marchandises324 879100%352 678100%
Coût d’achat des marchandises vendues175 45654%198 34556%
Marge brute14942346%154 33344%
– Consommations en provenance de tiers65 39020%61 09817%
Valeur ajoutée84 03326%93 23526%
+ Subventions d’exploitation00%00%
– Charges de personnel46 98714%47 56013%
– Impôts et taxes1 6791%1 8091%
Excédent brut d’exploitation35 36711%43 86612%
+ / – Autres charges et produits d’exploitation340%670%
– Dotations aux amortissements et aux provisions1 7891%1 7891%
+ Transferts de charges d’exploitation00%00%
+ Reprises sur amortissements et provisions d’exploitation00%00%
Résultat d’exploitation33 54410%42 01012%
+ Produits financiers00%00%
– Charges financières3590%3900%
Résultat courant avant impôt33 18510%41 62012%
+ Produits exceptionnels00%00%
– Charges exceptionnelles280%00%
– Participation des salariés00%00%
– Impôt sur les bénéfices4 9782%6 2432%
Résultat de l’exercice28 1799%35 37710%

Lecture des chiffres

L’exemple ci-dessus illustre une entreprise commerciale dont les performances s’améliorent entre 2025 et 2026. Voici comment interpréter les principaux indicateurs :

📉 La marge brute recule légèrement (46 % → 44 %) : le chiffre d’affaires a progressé (+8,5 %), mais le coût d’achat des marchandises a progressé encore plus vite (+13 %). Cela peut indiquer une hausse des prix fournisseurs non répercutée sur les tarifs clients, ou une évolution défavorable du mix produit. C’est un signal à surveiller.

📊 La valeur ajoutée reste stable à 26 % : la baisse de marge brute est compensée par une réduction des consommations en provenance de tiers (20 % → 17 % du CA), signe d’une meilleure maîtrise des achats de services externes (sous-traitance, frais généraux…).

📈 L’EBE progresse (11 % → 12 %) : les charges de personnel sont quasi stables en valeur absolue malgré la hausse du CA, ce qui améliore mécaniquement le ratio. C’est le signe d’un bon levier opérationnel.

📈 Le résultat d’exploitation passe de 10 % à 12 % : combiné à un EBE en hausse, cela confirme que la rentabilité opérationnelle s’améliore.

📈 Le résultat net progresse de 9 % à 10 % : l’entreprise est saine et sa rentabilité s’améliore d’une année sur l’autre, malgré la légère dégradation de la marge brute.

🧠 Ce qu’il faudrait faire ensuite : comparer ces ratios aux moyennes du secteur. Un taux d’EBE de 12 % est-il bon ou faible pour ce type d’activité ? La réponse dépend entièrement du secteur.

FAQ : questions fréquentes sur les SIG

Mon EBE est positif mais mon résultat net est négatif. Est-ce grave ?

Non, ce n’est pas nécessairement grave. C’est même courant dans les premières années d’une entreprise. Un EBE positif signifie que l’activité est rentable sur le plan opérationnel. Si le résultat net est négatif, c’est que d’autres charges absorbent cette rentabilité. Il faut alors regarder du côté :

  • Des charges financières (intérêts d’un emprunt important)
  • Des dotations aux amortissements (investissements récents)
  • Des éléments exceptionnels.

➡️ Il faut analyser chaque “couche” pour comprendre où se situe le problème.

Quelle différence entre résultat d’exploitation et résultat courant avant impôt ?

Le résultat d’exploitation mesure la performance de l’activité pure, sans tenir compte du financement.

Le résultat courant avant impôt intègre en plus le résultat financier (intérêts d’emprunt, produits de placement…).

👉 Si les deux sont très proches, l’entreprise est peu endettée.

👉 Si le résultat courant est significativement inférieur au résultat d’exploitation, cela signifie que le coût de la dette pèse significativement sur la rentabilité.

Mon résultat exceptionnel est très négatif. Dois-je m’inquiéter ?

Pas nécessairement. Le résultat exceptionnel est par définition non récurrent. Une perte exceptionnelle peut provenir d’une cession d’actif, d’un rappel fiscal ou d’une pénalité ponctuelle.

⚠️ Ce qui doit alerter, c’est un résultat exceptionnel systématiquement négatif d’une année sur l’autre. Cela laisse à penser que des charges “exceptionnelles” sont en réalité structurelles.

Les SIG sont-ils obligatoires ?

Non, le tableau des SIG n’est pas une annexe obligatoire des comptes annuels pour la plupart des entreprises. C’est un outil d’analyse de gestion, utilisé en interne ou à la demande d’un partenaire financier (banque, investisseur). Les experts-comptables le produisent souvent dans leurs rapports de gestion, mais il n’existe pas d’obligation légale de le communiquer.

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